Plus de 2400 rhinocéros ont été
abattus en Afrique depuis 2006. L’espèce peut disparaître du continent d’ici quelques années.
Le végétarisme est une pratique alimentaire excluant la consommation de chair animale. Ceci est une définition simple mais on peut exclure tout autant, laitages, fromages, et tout produit d’origine animale, ce qui est plus contraignant d’autant plus dans une société de culture « viandarde » telle que la nôtre, où il est commun d’accompagner non seulement une pièce de viande à tous les repas, mais notre gastronomie fait la part belle aux fromages et aux produits laitiers ; ne pas honorer ces plats d’une franche approbation au repas offert est suspect et soulève souvent des interrogations, inquiétudes et regards pénétrants. Nous nous plongeons maintenant dans l’histoire du végétarisme qui est millénaire. Le régime végétarien est d’abord prôné depuis les philosophes indiens (Hindous, Jaïns et Bouddhistes) dans l’Ahimsa, qui défend le respect de la vie et la non violence. Rappelons-nous l’adage, de ne pas faire à autrui ce qu’on n’aimerait pas qu’on nous fasse... Tout semble partir de cette observation. Les premières mentions écrites de l'Ahimsa dans la philosophie indienne remontent aux écritures védiques quelque 800 ans avant l’ère chrétienne. Ahimsa, en sanskrit veut dire « non nuisance » ou la volonté de ne pas faire souffrir les créatures sur un plan aussi physique que psychique. On représente l’Ahimsa dans la tradition populaire indienne, spécialement dans le jaïnisme et l’hindouisme, par une lionne et une vache qui se désaltèrent à l’eau d’une source, avec un lionceau choisissant de boire aux pis de la vache, tandis que des veaux tètent aux mamelles de la lionne. Selon le sage Vyasa, « l'Ahimsa consiste à ne jamais blesser, en aucune manière, une créature vivante quelle qu'elle soit ». En plus d’être une vertu, il s’agit d’un des fondements politiques de toute la société hindoue en tant que devoir de ne pas nuire à autrui et personnifié par la déesse de la non-violence, épouse du dieu Dharma et mère du dieu Vishnou.
Dans le bouddhisme, le terme Ahimsa n’apparaît pas dans les textes anciens mais les moines s’ils condamnent le meurtre des êtres vivants avec moins de fondamentalisme que les Jaïns, ils doivent néanmoins respecter le premier des préceptes de conduite morale, qui est aussi le plus important, celui de ne pas prendre la vie d’un être sensible. À noter que le commerce de la viande fait partie de métiers qui ne sont pas considérés comme des moyens justes d’existence. On trouve deux courants dans le bouddhisme. Dans la tradition theravada, le végétarisme n’est pas obligatoire, mais l’acte de tuer est mauvais pour son karma, quand il remplit ses conditions : cela concerne un être vivant, humain ou animal ; il y a connaissance consciente qu’il s'agit d'un être vivant ; il faut une intention de tuer ; l’acte de tuer se fait par quelque moyen que ce soit, et la mort en résulte. Tuer est justifié dans le cas d’autodéfense, ou d’une juste guerre visant non pas à attaquer, mais à se défendre contre un assaillant. Dans le bouddhisme mahayana, le fait de tuer un animal tout comme l'intention de le tuer est condamnable. La non-violence est intégrante des vœux du bodhisattva dont le travail est d’assister tous les êtres à trouver leur délivrance. Ce qui est singulier dans cette vocation à la non-violence est cette volonté d’affirmer l’égalité des êtres devant la dignité puisque chacun a, en soi, la nature de Bouddha. Ce qui inspira d’ailleurs Mahatma Gandhi a formuler que : « La vie d’un agneau est aussi importante que celle d’un être humain. J’estime que, moins une créature peut se défendre, plus elle a droit à la protection de l’homme contre la cruauté humaine. » Ce dernier a d’ailleurs introduit la notion d’Ahimsa en Occident, avec le docteur Albert Schweitzer, médecin humanitaire, théologien et philosophe qui va promouvoir au XIXième siècle, le végétarisme et la non-violence autour de laquelle s’articule toute sa philosophie. Dans La civilisation et l’éthique, il écrit : « Je suis vie qui veut vivre, entouré de vie qui veut vivre. Chaque jour et à chaque heure cette conviction m’accompagne. Le bien, c’est de maintenir et de favoriser la vie ; le mal, c’est de détruire la vie et de l’entraver. »
Durant l’Antiquité, les philosophes grecs sont végétariens, autant par compassion et respect envers le vivant, que par hygiène de vie et besoin spirituel. Il s’agit d’une abstinence purificatrice qui vise à élever l’âme, essentiellement dans l'orphisme, le pythagorisme et aussi chez les disciples d’Empédocle. Parmi les nombreuses règles que s’imposent les philosophes, on y trouve des règles de diététiques qui excluent, par exemple dans le cas des pythagoriciens, la consommation de tout ce qui peut représenter la vie, comme les oeufs, le coeur, ou la moelle. Il s’agit d’un végétarisme qui peut être sélectif. Empédocle, un philosophe et médecin grec du Vième siècle avant notre ère, également pythagoricien, semblerait avoir encourager le végétarisme, d’après les textes du livre Contre Les Dogmatiques, où il est possible d’y trouver la motivation des disciples : « Unique est le souffle qui parcourt tout l'univers à la manière d’une âme et qui nous unit à ces êtres. C’est pourquoi, en les tuant, en les mangeant, nous commettons une injustice et une impiété, car nous détruisons des congénères. En conséquence de quoi ces philosophes ont conseillé de s’abstenir de ce qui a vie et ils ont imputé une impiété aux hommes qui rougissent de carnage chaud, l’autel des Bienheureux. Empédocle dit :― Cessez donc ce massacre aux clameurs funestes. Ne voyez-vous pas que vous vous entre-dévorez dans l’inconscience de votre esprit ? » On compte aussi parmi d’autres personnalités grecques, les adeptes du végétarisme tels que Platon, Théophraste, Plutarque, et les poètes latins Virgile, Ovide et Horace. Selon Plutarque, qui eût une grande influence sur la littérature européenne, dans son traité sur les animaux, il conclut que si les humains ont dû manger les animaux, ce fut d’abord par nécessité, puis il explique plus loin : « Nous, civilisés, nous qui vivons sur une terre cultivée, riche, abondante, nous n’avons aucune raison de tuer pour manger. Mais rien ne nous émeut, ni la belle couleur, ni la douceur de la voix accordée, ni la subtilité de l’esprit, ni la netteté du vivre, ni la vivacité du sens et entendement des malheureux animaux, ainsi pour un peu de chair nous leur ôtons la vie, le soleil, la lumière, et le cours de la vie qui leur était préfixé par la nature.» Une observation qui reste toute contemporaine, si l’on n’en juge d’abord l’abondance des choix de nos sociétés modernes actuelles et l’indifférence de celles-ci pour la vie animale, marginalisée dans des espaces en dehors de notre conscience.
Nombreux sont les penseurs juifs, chrétiens et musulmans qui ont défendu le végétarisme par respect pour les créatures divines que sont les animaux. Pour eux, la consommation de chair animale contredit les valeurs et les enseignements fondamentaux des saintes écritures qui préconisent selon eux, le respect, l’amour et l’assistance. Ce qui était perçu comme de graves violations des lois et des préceptes divins et miséricordieux en faveur des animaux, au temps des saints et des prophètes, ne devrait qu’indigner davantage les responsables religieux d’aujourd’hui. En effet, si ces derniers veulent bien juger de l’envergure du massacre des animaux, et du développement des fermes industrielles où s’entassent et souffrent des créatures, sensibles et intelligentes, attendant une mort plus ou moins humaine, ils condamneraient ces pratiques. Pourtant, ce n’est pas le cas. Il est évident même pour les profanes des grandes religions monothéistes, comme moi, que les écritures saintes montrent dans différents passages, la nécessité de traiter les animaux avec humanité, et que faillir à ce devoir est une faute grave aux yeux du divin. Dès les premiers siècles du christianisme, les prêtres et les moines vivant dans l’imitation du Christ, décrivait déjà l’alimentation carnée comme une pratique cruelle et contre nature pour les Chrétiens, voici d’ailleurs ce que dit Saint Jean Chrysostome (345-407) à ce sujet : « Nous imitons les mœurs des loups, des léopards, ou plutôt nous faisons pire qu’eux. La nature les a faits pour qu’ils se nourrissent ainsi, mais Dieu nous a dotés de la parole et du sentiment de l’équité, et nous voilà devenus pires que les bêtes sauvages. Nous, les dirigeants chrétiens, pratiquons l’abstinence de la chair animale. » Saint Benoît, lorsqu’il fonda l’ordre monastique des bénédictins en 529, demandait à ses moines de consommer des aliments végétariens comme nourriture de base. Beaucoup de ces ecclésiastiques, au début du christianisme, vécurent en se nourrissant de façon végétarienne et conseillèrent aussi de le faire. Saint Clément d’Alexandrie (140-220) nous parle du végétarisme des apôtres : « En effet, où trouver une telle multiplicité d’aliments sains qu’à l’intérieur d’une simplicité parcimonieuse : légumes verts, racines, olives, condiments, lait, fromage, fruit et chaque type d’aliments séchés ? Les aliments préférés sont ceux qui peuvent être consommés directement, sans utiliser le feu, parce qu’ils sont toujours prêts et qu’ils sont les plus simples. Pour cela, l’apôtre Matthieu vivait de graines, de fruits à peau dure et de légumes verts, sans viande. Et Jean, qui exerçait la parcimonie au niveau le plus absolu, mangeait des germes de feuilles et du miel sauvage. Je crois néanmoins que les sacrifices sanglants ont été inventés uniquement par des personnes qui cherchaient un prétexte pour manger de la viande, ce qu’ils auraient ainsi pu faire sans ces opprobres devant dieu ! » Les Chrétiens dans leur adoration du Christ, leur voeu de simplicité, étaient des végétariens pacifiques qui étudiaient les écrits des saints des premiers temps du christianisme, préconisait la compassion, et en particulier l’abstinence de la chair. Néanmoins tous les Chrétiens ne considèrent pas qu’il faille être un végétarien pour être chrétien. La controverse du végétarisme apparaît dans les lettres de Paul, pour qui cette question du végétarisme ne devrait pas diviser les Chrétiens. Malheureusement pour les Chrétiens végétariens, les lettres de Paul furent popularisées dans l’Ancien testament, et devinrent l’orthodoxie non végétarienne de l’Eglise, bien que Paul fût une figure controversée en son temps. Quant à Jésus, il était très probablement végétarien, vivant simplement et prônant une vie de non violence selon la loi de Dieu ; il était défavorable aux sacrifices qui se déroulaient dans les temples juifs, qui ressemblaient davantage à des boucheries qu’à des lieux de culte comme on peut l’imaginer aujourd’hui. Les preuves les plus solides de la vie de Jésus attestent de sa crucifixion par les Romains. Au départ de la dispute avec les temples juifs, se trouve sa volonté de détruire les lieux où se pratiquait le sacrifice rituel animal. Jésus était en opposition radicale avec cette pratique frauduleuse, pour laquelle les juifs extorquaient les animaux des marchés pour les sacrifier aux temples. Dans Matthieu 21 : 12-13 on lit : « Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons. Il leur dit : « Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs. » Cette agitation au sein du temple précipita la chute de Jésus et Pilate, le gouverneur romain le fit condamner à mort. Ce qui ressort de l’étude des textes bibliques, c’est que rien n’impose aux Chrétiens de manger de la viande. Cependant, il est devenu évident que le niveau de violence auquel en sont arrivé les humains envers les animaux ne se conforme aucunement au message de Dieu invitant au respect et à la bienveillance envers toutes les créatures. Nous avions le choix de suivre le pas de Jésus.
À l’instar des premiers Chrétiens, la cruauté envers les animaux est contraire à l’Islam. Le prophète Mohammed rapporte que pour un homme ayant donné à boire à un chien assoiffé, Dieu lui pardonna ses péchés pour cette action. On demanda alors au prophète : « Ô messager de Dieu, sommes-nous récompensés pour le bien que nous faisons aux animaux ? Et Dieu répondit : « Pour toute créature vivante, il y a une récompense à qui leur fait du bien. » La cruauté animale est également contraire au Judaïsme. Le concept juif de tsaâr baâlei ‘haïm, traduit l’obligation de ne pas causer de souffrance aux animaux, mais combien de juifs vivent-ils en accord avec cet enseignement divin ? Selon le Grand Rabbin d’Angleterre J.H. Hertz: « C’est une des gloires du judaïsme que, des milliers d’années avant aucun autre, furent totalement reconnus nos devoirs envers les animaux. » Il est absolument clair que la préoccupation pour le bien-être des animaux est une obligation pour les Juifs. Pourtant, il faut se rendre à l’évidence que la façon dont les animaux sont traités de nos jours, dans les fermes industrielles et les abattoirs du monde, viole complètement les enseignements juifs. Il faudra bien réaliser, un jour, qu’aucune de ces trois grandes religions n’a pu faire faire vivre ses pratiquants selon des préceptes de non violence et de compassion, tels que les saintes écritures les décrivent. C’est pour moi le signe de la faillite morale des grandes religions de l’Occident, et son plus grand échec. En ne parvenant plus à cultiver la compassion et à faire croître dans le coeur des humains, le respect jusqu'aux plus vulnérables parmi toutes les espèces animales qui souffrent de la tyrannie du genre humain, les religions ont abandonné l’humanité à son sort, laissant à la dérive l’aventure humaine, portées naturellement vers les pires abominations, les abattoirs, les guerres et la logique funeste des camps de concentration. Je ne peux que reprendre l’idée de Claude Lévi-Strauss selon laquelle, pour le citer: « L'homme, commençant par respecter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait à l'abri du risque de ne pas respecter toutes les formes de vie au sein de l'humanité même. » Nous avons misérablement failli à la tâche, malgré plus de 2000 ans de traditions religieuses et de discours pieux, nous avons éclipsé les discours des premiers sages, pour créer un monde d’une violence incomparable ; l’assujettissement des animaux dans un univers concentrationnaire et opaque, sa négation quotidienne sont le prélude à notre assujettissement propre.
Les appels du nouveau Pape, cette année, ou de tout autre dignitaire religieux pour un meilleur respect de l'environnement, le respect de la vie animale, arrivent trop tard et sont bien timides. C'est notre vision du monde qu'il nous faut changer, du moins pour un certain nombre d'entre-nous, et la société de masse n'aura que le choix de suivre le nouvel ordre imposé à elle, écologique celui-là. Ainsi va l'Histoire. Nous n'avons pas le choix, notre survie en dépend. Devant l'incurie du monde politique actuel, la fuite en avant destructrice comme jamais des forces du capital et cet esprit prédateur d'une minorité, de cette caste, qui ne pense qu'à engendrer les ultimes profits avant la débacle totale, et bien conscients du fait de populations dépassées par la rapidité du saccage de la planète, que nous reste t-il comme position raisonnable et tangible? Ce que tout citoyen inquiet pour sa propre vie et celle de ses enfants aurait pour réflexe, l'auto-défense au niveau individuel, et l'insurrection au niveau collectif. Le politique désormais a prouvé son illégitimité pour mener la société vers le progrès, vers une sortie honorable du chaos qui se prépare. Dans une interview de 1995 donnée à l’occasion du film qui lui est consacré, L’Appel de la montagne, Arne Næss, le grand philosophe de l'écologie profonde (Deep Ecology) déclara : «Je suis un optimiste. Mais j’ajoute : un optimiste pour… le XXIIe siècle. "Vous voulez dire XXIe ?", lui demande le journaliste, "Non, non, XXIIe. Je pense qu’au XXIe siècle, il faudra traverser un très mauvais temps, et cela frappera même les pays riches. A présent nous voguons tranquilles, mais cela fera mal aux riches !" Cela fera aussi mal aux plus pauvres, à la vie que si peu d'humains respectent en dehors d'eux-mêmes, à moins d'un miracle... Et ce miracle ne viendra ni de la droite, ni de la gauche, ni du centre, ni de quelconque parti politique du moment. Il viendra peut-être de vous.
http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article241Sur Manger la chair -Traité sur les animaux de Plutarque
Arne Næss Ecologie, communauté et style de vie Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Charles Ruelle, révision de la traduction et postface de Hicham-Stéphane Afeissa, préface de David Rothenberg. Editions Dehors.
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Outre la stupeur causée par les images de ce bétail réduit à l’état de marchandise, les actualités nous rappellent à quel point nous avons
perdu le contrôle de ce que nous avons dans nos assiettes. L’état n’exerce plus les contrôles que la société attend de nos gestionnaires, car ces derniers laissent l’industrie et l’économie se
réguler elle-même. C’est la société qui est au service de cette économie-là quand ce devrait être l’inverse pour le bien commun. Ceux qui profitent de ce système sont une minorité qui a beaucoup
à perdre. La découverte, au mois de février 2013, de viande de cheval provenant de Roumanie dans des produits au boeuf apporte des arguments nouveaux à ceux qui veulent bannir la viande de leur
régime alimentaire. Suite à cette affaire d’état, suite à l’affaire du halal – où les Français apprenait que la moitié des abattoirs cités dans une étude, en France, pratiquaient les rituels
d’abattage religieux et que cette viande se retrouvait dans le circuit traditionnel sans étiquetage préalable sur la traçabilité de l’origine des viandes, et que l’état tenait dans le secret
cette information depuis 2005 – l’Association végétarienne de France (AVF) affirme, dans un article du Monde, dans sa rubrique Planète, le 05 mars 2013, que son Guide du végétarien
débutant