Dimanche 15 novembre 2009



C’est dans les abattoirs et le massacre froid et mécanique d’animaux sensibles que se trouvent inexorablement les attitudes génocidaires froides et mécaniques des hommes. Le lien entre la destruction brutale des animaux et l’annihilation des peuples n’est que trop évident pour quiconque sait reconnaître chez l’humanité son penchant pour les pires abominations. Champs de batailles, guerres fratricides et camps de concentrations jalonnent nos tragiques mémoires, s’étalent dans nos livres d’histoire, s’inscrivent dans le creux des monuments aux morts et donnent toute la mesure de la malédiction qui touche le genre humain. Malgré notre désir avoué et notre espérance de civilisation et de progrès, l’homme d’aujourd’hui n’a que peu changé de l’homme d’hier, car toujours en lui se trouvent les vices les plus sales; le racisme, l’ignorance, l'indifférence, la cruauté et la volonté de pouvoir et de contrôle.

Sommes-nous peut-être en ce 21ième siècle à un tournant de notre histoire où l’homme conscient de ses faiblesses voudrait enfin faire amende honorable et devenir sage? Rien n’est moins certain si l’on en juge les crises récentes; le génocide du Rwanda et la guerre de Yougoslavie sont autant de rappels funestes de l’Histoire qui se rejoue sans cesse. Les famines africaines et l’écart croissant entre riches et pauvres ne trouvent pas de solutions. La destruction continue des écosystèmes planétaires, de la biodiversité, celle des diversités culturelles nous invitent à contempler un avenir uniformisé et appauvri, plus difficile à vivre pour les générations futures. Enfin l’exploitation impitoyable et sans précédent des autres formes de vie de notre planète nous renvoie à notre formule d’introduction et sa promesse d’une exploitation renouvelée de l’homme par l’homme. Ceci n’est pas une fatalité, il y a des responsables et ils sont nombreux ; ils sont nos voisins, nos amis, nos collègues, les membres de notre famille. Ils sont visibles et touchables. Ils sont proches de nous.

Dans ‘Un éternel Treblinka’, un livre essentiel que chaque collégien, selon moi, devrait étudier dans nos programmes scolaires, Charles Patterson décrit la relation frappante entre l’industrialisation de la mort dans les abattoirs et l’Holocauste, la mort programmée et institutionnalisée de millions d’être humains sous le régime Nazi. Ce livre dont la publication en France a été rendue difficile, dans la mesure où il traite de deux sujets non seulement très sensibles, mais aussi de la connexion qui y est faite entre l’abattage des animaux et l’Holocauste, soulève une certaine incompréhension. Pourtant, au lieu de provocation vaine, Charles Patterson veut simplement éclairer notre conscience sur l’exploitation dégradante des animaux et la déshumanisation extrême qu’elle a entraînée au cours de l’histoire de l’humanité. Pour reprendre une des phrases clefs du livre, celle du philosophe juif Theodor Adorno, qui dut fuir le Nazisme: “Auschwitz commence quand quelqu’un regarde un abattoir et pense: ce ne sont que des animaux.”

Camp de Buchenwald 

Ce ne sont que des juifs pensait certainement Hitler qui s’inspira des chaînes de désassemblage des abattoirs de Chicago de la fin du 19ième siècle pour mettre au point, de manière pratique, la Solution finale. En effet, dès 1900 la mécanisation et la spécialisation des tâches dans les abattoirs, dont s’inspira d’ailleurs Ford pour adapter le travail à la chaîne à l’industrie de l’automobile, allaient permettre de répondre à la croissance rapide de la demande pour la viande. Quelque 400 millions d’animaux pouvaient être abattus, découpés et transportés par an, à une vitesse sans précédent; ce chiffre est passé à 10 milliards d’animaux aujourd’hui, rien qu’aux USA. Une civilisation qui tue tant d’animaux avec une telle frénésie, à une échelle si monumentale, n’est-ce pas là un paradoxe? 

L’Histoire donne à Ford le crédit pour l’application de ce mode de production intensif et rapide, mais c’est bien dans les abattoirs de Chicago que commencèrent la seconde Révolution industrielle et la route vers les camps de concentration. C’est dans l’Amérique de tous les esclavagismes, de l’animal à l’homme, qu’émergèrent les délires racistes du Troisième Reich : cet esclavagisme qui aura si bien servi la cause du capital, de l’économie de toute une nation, aura amplifié la désensibilisation des masses. Si l’abolition de l’esclavagisme remonte à 1865 aux Etats-Unis, l’exploitation des animaux continue à des degrés absolument astronomiques et l’étendue du massacre devrait interpeller quiconque se pose un instant la question. 

Les chiffres ne peuvent qu’attester du fait peu glorieux que l’espèce humaine est la plus meurtrière de toutes les créatures de cette planète. Pourtant, cette même espèce humaine ne cesse d'invoquer son haut degré de civilisation, l’excellence de son intelligence et son raffinement dans tous les domaines et surtout, surtout sa supériorité morale par rapport aux autres animaux. Cette insistance tout anthropocentrique, et humaniste, à voir chez nos contemporains le point culminant, l'apothéose du règne animal, et pourquoi pas l’image de Dieu, ne cherche qu’à faire oublier la terrifiante condition du genre humain et tout le sang et les larmes qu’il répand autour de lui. 

Alexander Von Humbolt, naturaliste et explorateur, fondateur de la climatologie du 19ième pensait que la cruauté ne peut pas être conciliable avec une humanité instruite et une véritable érudition. « Il est faux et grotesque de souligner à chaque occasion leur apparent haut degré de civilisation» dit-il, « alors que chaque jour, ils tolèrent avec indifférence les cruautés les plus infâmes perpétrées contre des millions de victimes sans défense. » Ils tolèrent le massacre des animaux comme beaucoup fermaient les yeux sur les pogroms, les rafles, les ghettos, les autodafés, et enfin l’inéluctable obscénité des chambres à gaz.

Upton Sinclair, un journaliste américain passa 7 semaines dans l’enfer des abattoirs de Chicago, ce qui lui inspira le roman ‘The Jungle’ dans lequel il retrace l’expérience d’une famille de travailleurs dans les chaînes de transformation et de découpe. Pour la première fois, le public américain découvrait l’environnement hostile, froid, sale et cruel des abattoirs de Chicago, la malpropreté et les difficiles conditions de travail. Dans l’un des épisodes du livre, Jurgis Rudkus, un immigrant lithuanien fait le tour des opérations d’abattage : «Il y avait des gémissements, des grognements et des plaintes d’agonie ; c’était trop pour certains visiteurs—les hommes se regardaient, riant nerveusement, et les femmes restaient prostrées, le sang leur montant à la tête, et les larmes apparaissaient dans leurs yeux. »

 élevage intensif de porcs

Le roman de Sinclair fut traduit en 50 langues, sauf en français jusqu’à l’année dernière ; étonnante contradiction au pays de la littérature et du fromage. Sinclair, était non seulement un remarquable écrivain, mais aussi un socialiste qui pensait pouvoir faire la promotion de ses idées grâce à un récit des conditions de travail terribles des travailleurs des abattoirs. L’ironie du sort et à la grande consternation de Sinclair à la fin de sa vie, c’est que son ouvrage le plus célèbre, fit si peu pour établir le socialisme aux Etats-Unis. Ce qui captiva l’attention des lecteurs et du public, ce fut le manque d’hygiène dans les abattoirs et la mauvaise qualité des saucisses, un mélange odieux de déchets, de suie et d’excréments. Le président Roosevelt, lui -même, en jeta son petit-déjeuner par l’une des fenêtres de la Maison-Blanche à la lecture du livre de Sinclair.

Voici donc, ici brièvement exposé, l’un des exemples historiques les plus édifiants de la morale de nos contemporains. Des saucisses à défaut d’idées de justice et d’égalité! Voilà enfin révélée, après plus de 2000 ans de christianisme, toute la place de la civilisation de l'homme: son estomac. 

A lire en anglais:

Eternal Treblinka : Our treatment of animals and the holocaust. Charles Patterson Lantern Books, New York (2002). 

A lire en français:

Un éternel Treblinka. Calmann-Lévy (janvier 2008) Collection: C-LEVY. Auteur : Charles Patterson. Traduction Dominique Letellier. 

Par David Ruffieux - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 1 septembre 2009


Je veux reproduire un très bon commentaire de Verdure Verte en réponse à un article paru dans le Devoir du 13 juillet 2009. L'Entrevue - Sans viande, pas d'humanité, de Fabien Deglise. Cette analyse de Verdure Verte reprend tous les pseudos arguments évoqués dans un texte assez calmonieux à l'égard des végétariens. La tactique n'est pas nouvelle. Je prie Verdure Verte de bien vouloir me permettre de reproduire son texte car il en vaut la lecture.

La préhistorienne française Marylène Patou-Mathis veut nous rappeler notre nature carnivore sans laquelle l'humanité n'aurait pas pu naître. Avec Mangeurs de viande. De la préhistoire à nos jours (Perrin), cette spécialiste du Néanderthal, nous dit que «La consommation de viande a été le catalyseur de la séparation entre les grands singes, principalement végétariens frugivores, et les Australopithèques, les premiers hominidés.»  Soit. Sommes-nous donc voués au carnivorisme ou même à un omnivorisme obligatoire par le fait de nos origines?  

Mais comme le suggérait le philosophe (Thomas Hobbes ou David Hume?), le passé ne peut imposer ce qui est et moins encore, ce qui devrait être. En effet, la question importante n'étant pas de de se demander pourquoi les choses sont ainsi, mais pourquoi elles ne pourraient pas être autrement...Les végétariens éthiques veulent améliorer le sort des animaux et refusent l'idéologie selon laquelle les animaux sont nos esclaves et pire encore. Ce crime d'inhumanité que serait le végétarisme nous est vivement reproché. Pourquoi tant de suspicion et de ressentiment à l'égard des végétariens...L'amour de la viande, le déni de conscience, l'absence de jugement? Je vous le demande.    

Voici donc le texte de Verdure Verte.  

Cet article part d'un mauvais a priori à l'encontre des militants en faveur du respect des animaux. Dès la première page ils sont traités (insultés) d' « ayatollah du tout végétal ». On les qualifie de « groupes plus ou moins [mais quand même...] radicaux », qui veulent soit-disant donner plus de droits aux animaux qu'aux hommes. On dit d'eux qu'ils font des sacralisation « à outrance », qu'ils ne « gardent pas raison », les accuse de misanthropie, de révisionnisme évolutif, d'individualisme forcené, de démesure (sans explication) et même de manque de virilité !

Toutes ces accusations, non fondées, qui passent pour des insultes à l'encontre des militants, font sérieusement douter du professionnalisme en tout cas de la neutralité d'au moins un des auteurs. 

Non les amis des animaux ne leur accordent pas plus d'importance qu'aux êtres humains. Non ils ne « gaspillent » pas leur énergie militante uniquement pour les animaux non humains puisqu'ils sont nombreux à militer ailleurs, que ce soit dans des associations humanistes ou dans des partis politiques (peu -pas du tout- connus pour leur engagement en faveur des animaux...). D'autre part cette accusation de gaspillage vient souvent de personnes qui elles ne sont engagées dans tout simplement rien du tout ! 

La démarche antispéciste est une démarche rationnelle elle ne peut pas être accusée de sacralisation. On peut le croire (par ignorance) lorsqu'on ne s'est pas intéressé au problème et que l'on s'est toujours contenté d'éluder la question de de savoir s'il est moral de tuer des êtres sensibles pour le plaisir de les manger. 

Apparement un grand danger serait « l'amnésie » car Mme Patou-Mathis tient à nous rappeler qu'il « ne faut pas chercher à oublier ». J'ai du mal à voir d'où provient le danger (si ce n'est chez les créationnistes ou autre intégrisme religieux ?). Les antispécistes se basent sur des arguments scientifiques et ne sauraient donc remettre en cause aucune des affirmations communément acceptée dans tous les domaines scientifiques y compris la paléontologie. Leur but n'est pas de nier le passé mais de faire des choix pour le présent. D'autre part, le monde entier, que ce soient le climat, les espèces ou la société humaine, est en évolution permanente et il s'agit de ne pas s'attacher à une pratique traditionnelle, qui a peut être eu des avantages dans le passé, si celle-ci ne sert plus (les arguments qui sont donnés concernant l'utilité des manger les animaux ne correspondent plus pour le stade actuel de l'évolution de l'humanité), si elle immorale, ou si elle est même dangereuse (pour des raisons écologiques et de sécurité alimentaire). Ça n'a rien avoir avec de l'amnésie ou du révisionnisme. 

L'affirmation comme quoi l'herbivore « conjugue son existence au temps de l'individualisme » semble totalement fallacieuse. Que dire des troupeaux d'herbivores (et je ne vais pas vous faire l'insulte de citer ne serait qu'une espèce...) ? Que dire de la nécessaire collaboration de toute la communauté concernant les travaux agricoles d'envergure (je parle des communautés traditionnelles et des travaux des champs) ? Il faudrait peut-être revoir la définition d' « individualisme »... 

Sans viande « pas d'humanité », que dire des avancées de la médecine lors des conflits mondiaux... Et dire qu'il suffit de garder ses acquis, mêmes les mal acquis, sans se croire « redevable » de reproduire les mêmes erreurs ou actes immoraux. D'autre part, il serait regrettable (stupide) de prendre nos ancêtres comme modèle étant donnés que leurs modèles de vie sont totalement incompatibles avec le monde moderne (cet aspect est quelque peu nuancé plus loin dans l'article), sans parler de ceux qui n'avaient même pas les mêmes capacités cognitives que les nôtres. 

On arrive sur une thèse extravagante prétendant que « notre ère moderne semble un peu mal à l'aise » avec la consommation de viande, Mm Patou-Mathis parle de « crise existentielle », ailleurs on parle encore de « mal-être » de refus de l'animalité, de malaise collectif. En tant que végétarien j'ai bien plutôt franchement l'impression que la balance penche plutôt de l'autre côté... Il faudrait vraiment avoir l'esprit en alerte pour détecter un quelconque malaise commun par rapport aux pratiques carnassières de notre société « moderne ». En vrai, les gens ne se posent pas la question. Si malaise il y a, c'est lorsqu'ils se rendent compte que c'est immoral. Mais cette prise de conscience est très loin d'être générale. 

Il y a aussi une phrase intéressante sur « notre part de virilité », dont le ridicule me permet de ne pas approfondir.

On parle aussi de nature à laquelle il ne faudrait pas nuire, sans plus d'explication, cela fait parti des affirmations données sans rien pour préciser leur sens ou les étayer de façon rationnelle. Puis, d'embrayer sur un fantasmatique danger de « faire de la nature un monde culturel » (le sens en est laissé à la discrétion du lecteur). 

L'auteur nous exhorte à « accepter les différences » des animaux une bonne fois pour toutes. L'auteur est incapable de voir justement les infiniment plus nombreux points communs que nous avons avec les animaux, que nous tentons en permanence de nier pour ne pas se sentir responsable de leur mort, que l'élevage industriel est la manifestation la plus claire de ce déni de parenté dans le sens où l'on y atteint le degré le plus extrême de chosification de l'être sensible, que le problème n'est pas d'accepter que nous sommes différents mais d'accepter que nous partageons énormément.

Et il ne s'agit pas là d'anthropomorphisme. Nous sommes tous conscients que la plupart des animaux sont incapables de concevoir et penser comme des êtres humains. Ce n'est pas la faculté de penser qui conditionne la morale, mais la sensibilité à la souffrance. Cette dernière ne peut être niée pour tous les animaux. Ce n'est pas les sacraliser que de prendre en compte leur sensibilité dans nos choix, ni les mettre au dessus des humains. 

Enfin, les expressions telles que « gestes pathologiques » ou « démesure » concernant implicitement les régimes végétariens sont totalement battues en brèche par les études médicales qui montrent que les régimes végétariens bien menés sont meilleurs pour la santé que les régimes omnivores. Loin d'être des gestes démesurés, ils sont non seulement profitables pour notre santé, mais en plus pour notre environnement (il y a de nombreuses statistiques à ce sujet, ne serait-ce que celles produites par l'entremise de la FAO), et ne reposent pas sur l'exploitation et la souffrance d'êtres sensibles.

Texte original:
http://www.ledevoir.com/2009/07/13/258846.html 
Par David Ruffieux - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 27 août 2009

 

Mers et océans couvrent la plus grande surface de la Terre. Notre planète est avant tout une Terre d’eau. La réalisation de ce fait important dans notre conscience collective est rendue difficile par la nature résolument terrestre des êtres humains. En effet, la grande partie de l’humanité occupe les continents jusqu’aux côtes maritimes, si bien qu’au-delà de ces frontières naturelles, mers et océans restent des domaines inexplorés et mal connus. Si l’on voulait niveler le niveau moyen des terres avec celui des océans, nous aurions plus que la tête dans l’eau…En fait, nous nous trouverions à presque 4 000 mètres au-dessous de la surface de l’eau, car près de la moitié des eaux océaniques dépasse 3 000 m de profondeur. Autrement dit, la masse d’eau est considérable et en superficie, mers et des océans représentent déjà 70% de la surface de la Terre ; une Terre mais d’eau. La planète bleue, cette oasis que décrivent si bien les premiers  explorateurs de l’espace, s’est constituée au fil de milliards d’années de changements climatiques et géologiques tumultueux. La température de l’atmosphère terrestre s’abaissant, il y a quelque 4 milliards d’années, l’eau de l’air se condense pour former pluies, rivières, fleuves et enfin mers et océans. 

 

Jacques-Yves Cousteau, cinéaste et explorateur des mers au bonnet rouge, insistait pour dire que « l’eau et l’air sont les deux fluides de la vie.» En effet, de ces étendues marines est sortie la vie. De ce bouillon primitif sont apparus les premiers organismes vivants, puis l’oxygène nécessaire à la colonisation des terres par d’autres. Chacun connaît plus ou moins la suite : l’évolution des espèces jusqu'à la venue des premiers hominidés, il y a juste 3 millions d’années, ceci d’après les observations des paléontologistes. Les mers et les océans foisonnent de vie animale et végétale. Ils représentent des écosystèmes presque innombrables qui non seulement participent à la biodiversité de notre monde, mais servent aussi à la régulation du climat mondial, au même titre, sinon plus, que toutes les forêts primaires. Zones de grands courants marins qui parcourent le monde comme le Gulf Stream, qui déplace l’eau chaude des zones subtropicales vers les pôles, animés par la rotation de la Terre et la circulation atmosphérique, les mers et les océans décident en grande partie de la santé de notre planète. Aujourd’hui, notre planète est malade et les dérèglements climatiques qui en sont la cause font craindre des bouleversements majeurs, encore difficiles à évaluer, qui pourraient mettre en péril l’existence même du genre humain.

 

Les mers et les océans sont aussi depuis la nuit des temps une source de nourriture, un habitat pour de nombreuses espèces vivantes, on ne compte pas moins de 300 000 espèces reconnues, mais il existe, selon les experts, des millions d’autres. En 1991, une nouvelle espèce de baleine à bec (Mesoplondon peruvianus) a été décrite au Pérou. Selon les estimations des scientifiques, les écosystèmes marins abriteraient 90% de la biomasse et 80% de la biodiversité du monde, alors que seulement 5% sont connus à ce jour. De façon générale, les études des fonds marins ont été très limitées et de nouveaux habitats restent à explorer pour y découvrir de nouvelles espèces. Quelle ironie du sort de savoir que l’homme aura mis tant d’énergie et de ressources pour aller faire un saut de puce sur un caillou lunaire stérile ! Il s’agit d’une réalisation technologique remarquable en soi, mais si futile d’un point de vue pratique, surtout à la lumière de notre ignorance des mers et des océans. En particulier, les zones maritimes côtières offrent aux communautés humaines une source de revenue et un moyen de subsistance pour 3,5 milliards d’habitants de ces régions. En effet, les deux tiers de l’humanité se trouvent sur la partie côtière des océans et des mers, là où se concentrent entre 80 et 90% des ressources marines. C’est dire l’importance de ces zones pour de nombreuses familles dont le bien-être dépend principalement de la pêche et de la cueillette, de la vente et de la consommation des produits de la mer. Il est difficile de comprendre comment un espace aussi vital a été l’objet de l’exploration commerciale la plus aveugle et la plus impitoyable au cours des quelques dernières décennies. On peut parler d’un véritable pillage, d’un massacre et d’une pollution si largement répandus, que cette situation soulève l’indignation non seulement des écologistes les plus endurcis mais de tous ceux et celles qui tirent leur maigre subsistance des mers et des océans. Nous entrons ici dans le cœur de notre sujet. L’état des mers et des océans est alarmant et c’est un véritable cri du cœur qu’il me vient à formuler ici.


Otarie emmelée dans des filets de pêches 

 

Mon amour de la mer et des océans me vient de l’enfance et des vacances au bord de mer, de ces heures passées sur la plage, du passage des bateaux, de l’ambiance des ports de pêche, de ces odeurs marines de marées et de criées, ces moments d’aventure et de découverte qui eurent une profonde influence sur l’adulte que je suis. Ma famille et moi partions chaque été, vers les sites balnéaires de la Bretagne, de la Vendée, de l’Aquitaine et du Midi. Est-il un coin du littoral que nous n’avions visité ? L’excitation était à son comble au moment de voir les premiers scintillements de l’eau bleue au bout de cette longue route qui nous menait depuis l’Est de la France. Avec mon père, à défaut de bateau, nous allions pêcher sur la côte, très tôt le matin jusqu’aux premières chaleurs du début d’après-midi, au moment où ma mère nous attendait avec le casse-croûte sur la plage. Le soir nous avions droit au restaurant, où la fameuse soupe de poissons me remplissait d’une humeur jubilatoire. Je repense à cette période de mon enfance, qui m’a sans doute amené naturellement à Brest, pour y faire un service militaire dans la Royale. Sur le pont d’une Jeanne d’Arc, ce porte-hélicoptères vieillissant et en panne, nous attendions sagement les nouvelles turbines, tous immobilisés en rade de Brest. Mon ambition de tour de monde en bateau fut largement frustrée par cette interruption mécanique, et encore jusqu’à ce jour. 

 

-- Pollution par les plastiques --

 

Aujourd’hui, je prépare une circumnavigation sur un voilier de 35 pieds, qui nous fera découvrir, ma famille et moi, les mers et les océans du monde ; départ de la Floride au printemps 2010. Le sentiment de partir au large et de parcourir le monde en bateau, n’est pas sans l’inquiétude de constater les multiples impacts des activités humaines sur ce formidable milieu marin. Une sortie en plongée au large de l’île de Koe Chang en Thaïlande me remémore la fragilité des récifs coralliens et leur disparition dans une grande partie de cette côte, au point qu’il faille se rendre dans des zones protégées à plusieurs miles au large, qui elles-mêmes connaissent l’affluence des touristes venus plonger dans ces rares sanctuaires de vies marines. Peu enviables, ces milliers de matières plastique qui errent au gré des courants et des vents, sur un passage entre Dalian et Wenhai au nord de la Chine, sur la mer Jaune et la scène de ces quelques Chinois jetant leurs bouteilles de coke à la mer, alors qu’à leur côté une poubelle gît sur le pont. Que s’est-il passé pour que l’on traite ainsi la mer et les océans comme des poubelles? Les activités humaines ont très largement contribué aux perturbations des écosystèmes des mers et des océans : stocks de poisson surexploités, récifs coralliens menacés, destructions des habitats par la pollution, le transport maritime, etc… La liste des déprédations est longue et les mesures à prendre pour corriger cette situation désastreuse semblent bien dérisoires.



En seulement un siècle, le trafic maritime est passé de 550 millions de tonnes de marchandises transportées en 1950 à près de 6,8 milliards en 2004 ! De plus, 90% du trafic commercial international passent par les mers et les océans. On se souvient des images de l’échouage de l’Exxon Valdez en Alaska, en 1989, un jour noir pour la nature et ces milliers d’oiseaux pris dans le mazout, voués à une mort lente et désespérée. C’est 40 000 tonnes de pétrole brut et 7 000 km² de nappes qui polluèrent 800 km de côtes. L’industrie de la pêche dans cette région fut ravagée et des normes plus strictes furent adoptées pour la construction et la navigation des pétroliers. D’aucuns diront qu’il s’agit là d’un malheureux accident, pourtant dans toutes les mers et les océans du monde, les bateaux commerciaux dégazent leurs réservoirs de fuel. Une étude du World Wildlife Fund (WWF) en 2000, estime les rejets des bateaux à 1,5 millions de tonnes de produits pétroliers par an, ce qui représente des douzaines d’Exxon Valdez ! On estime que 97% des rejets en hydrocarbures proviennent des dégazages intentionnels, faisant des côtes de l’Afrique de l’Ouest et de l’Asie du Sud-Est, là où le trafic maritime est dense, les plus polluées au monde. 

 

 

Dans le Pacifique, Charles Moore, un océanographe Américain a découvert une zone de débris flottants, large comme deux fois les USA, également nommée « Vortex d’Ordures ». On estime la concentation de ces plastiques à 100 millions de tonnes, certains datant d’un demi-siècle. A peu près un cinquième des débris tels les sacs en plastique et les bouteilles sont jetés par dessus bord des bateaux ou de plateformes pétrolières, tandis que le reste provient des terres. On pense également que le plastique constitue 90% de tous les détritus qui flottent dans les océans. Le Programme Environnemental de l’ONU estime que chaque mile carré d’océan contient 46 000 pièces de plastique flottantes. Bref, il s’agit d’une mer d’ordures, ce qui n’est pas sans poser des dangers pour les écosystèmes et la santé humaine. Selon l’ONU, les débris de plastique tuent plus d’un million d’oiseaux marins et plus de 100 000 mammifères marins. On retrouve dans les estomacs des animaux, des seringues, des brosses à dent, des bouchons de plastiques, que la faune marine confond avec de la nourriture. De plus, parmi ces rejets de plastique, on compte les matières premières de l’industrie du plastique qui accumulent les hydrocarbures et autres polluants, avant de rentrer dans la chaîne alimentaire.

Les tortues marines confondent le plastique avec de la nourriture et en meurent

 

-- Pollution des rejets terrestres --

 

Mais la plus grande part de la pollution des mers et des océans provient des terres. Les scientifiques mettent en évidence que plus de 40 % des océans sont affectés d’une dégradation écologique grave et que seul un infime pourcentage reste préservé de toute influence humaine. Ben Halpern, professeur à l’université de Californie à Santa Barbara, qui a dirigé une grande étude comprenant 16 centres de recherches s’explique:  «Notre travail montre que, lorsqu’on additionne celui-ci à d’autres paramètres plus locaux, le résultat est bien pire que ce que la plupart des gens s’imaginent...J’espère que cette étude aura pour effet de réveiller les consciences pour mieux protéger nos océans et ne servira pas de prétexte aux défaitistes. » Il est grand temps d’agir pour sauver les mangroves, les récifs, les plaines sous-marines qui souffrent particulièrement. Selon Greenpeace, les marées noires et les fuites accidentelles de mazout dans les environnements marins, restent minimes par rapport aux autres polluants comme les eaux usées domestiques, les rejets industriels, agricoles et les déchets urbains. Les polluants retrouvés dans la mer se composent à hauteur de 44 % de polluants terrestres et de 33 % de rejets atmosphériques, tandis que le transport maritime représente seulement 12 % de la pollution. Contre cette pollution terrestre qui concerne tous les pays du monde, il devient urgent de limiter les rejets et d’appliquer de nouvelles politiques en ce sens, applicables au consommateur, à l’industrie en passant par l’agriculture.

  Notamment, la pollution par les engrais provenant des eaux usées et de l'agriculture entraîne l’accumulation d’algues qui deviennent dangereuses dans les eaux côtières. À mesure que ces algues meurent et pourrissent, elles consomment l'oxygène. Dernièrement, sur la plage de saint-michel en Grèves, en France, un cheval a été victime au début juillet 2009 des émanations toxiques des algues vertes. « Le Premier ministre a annoncé un plan d’actions, mais n’a surtout pas voulu remettre en cause le système productiviste agricole actuel qui est à l’origine de la pollution des eaux,» remarqua Denis Baulier, ancien président du réseau Cohérences. D’autres substances comme les dioxines et les PBC (biphényles polychlorés) ainsi que divers pesticides comme le DDT et la dieldrine se retrouvent dans la chaîne alimentaire, sont difficilement biodégradables et agissent sur les systèmes vivants à très faibles doses. Ces polluants organiques entraînent des dérèglements hormonaux qui peuvent, ensuite, provoquer des troubles de la reproduction, causer le cancer et altérer le développement normal des enfants. Il est urgent d’éliminer les substances nocives et de les étudier pour en mieux connaître les effets sur l’environnement et la santé.

 Les prises de poissons de grande taille se font plus rares
 

-- Surpêche: arrêtons le massacre! --

 

Partout dans le monde, les ressources halieutiques sauvages diminuent. Toutes les grandes zones de pêches de la planète sont en déclin et les prédictions des scientifiques sont inquiétantes, mais qui de nos politiciens du moment, les écoutent? Au canada, où je vis, les premiers explorateurs pêchaient la morue qui étaient abondante, les stocks de morue sont présentement effondrés, ceci dès les années 1990. Le gouvernement fédéral a incité les pécheurs canadiens à investir dans des équipements de pêche industrielle, à la pointe de la technologie; la pêche excessive a conduit en très peu de temps à un véritable désastre écologique, mais aussi économique. En effet, c’est 30 000  emplois qui disparurent. La très mauvaise gestion des pêches par les gouvernements du passé ont fait disparaître une industrie, un mode de vie, qui devait rester écologiquement sain. Par exemple, de 1990 à 2002, les pêcheries du saumon de Colombie-Britannique ont baissé de 66% soit une baisse de revenue de 263,4 à 51,6 millions de dollars.

Les systèmes de détection sophistiqués du poisson ne laissent aucune chance à la faune marine. Les grands chaluts de fonds, les lignes dérivantes et autres engins de capture massive, ont ravagé les stocks de thon rouge, d’églefin, tué des espèces non-cibles, des mammifères marins et des oiseaux de mer. Il est nécessaire d’interdire le chalut par le fond qui détruit les écosystèmes, de protéger des espaces marins et y interdire la pêche commerciale, veiller à la restauration des stocks de poisson par une meilleure gestion et aussi par une meilleure connaissance scientifique des milieux marins. Les gouvernements des différentes nations maritimes doivent s’engager à ce que les milieux marins soient activement protégés par l’amendement des lois et des traités internationaux existants. À l’avenir, il faudra équiper des flottes veillant à faire respecter ces législations et à imposer des pénalités dans les eaux nationales mais aussi internationales.



Entre 6,8 et 27 millions de tonnes de poisson peuvent être rejetées chaque année à la mer, il s’agit d’espèces non ciblées et d’autres recherchées mais qui n'ont pas la taille minimale requise pour être gardées à bord. Le gaspillage est énorme. Les pratiques de pêches tuent 300 000 dauphins, baleines et phoques, comme la pêche à la palangre qui tue 100 000 albatros, chaque année. Les gouvernements ne mettront pas un terme à ces pratiques sans l’action des écologistes, des partis Verts et du public qui soutiendra ces groupes et leur détermination commune de protéger les écosystèmes marins pour les générations futures. D’ailleurs, le film
Shark water a popularisé le sort des 100 000 millions de requins qui sont exterminés pour que quelques Chinois se payent le luxe d’une soupe d’ailerons! Un moratoire sur la pêche au requin et des zones de protection doivent être décrétés et une campagne d’éducation doit sensibiliser les consommateurs chinois. Mangeons moins de poissons.

 

-- L’aquaculture n’est pas une solution --

 

Quelque part au Chili, dans l'archipel de Chiloé, une ville se meure touchée par la fermeture de nombreuses fermes aquacoles. Ici, c’est l’élevage intensif du saumon qui a provoqué la faillite de toute une communauté. Deuxième producteur mondial de saumon, le Chili est touché par une épidémie du virus AIS (anémie infectieuse du saumon), qui est apparue en juillet 2007. Cette infection a fait des ravages dans les fermes où les poissons sont tués pour enrayer l’épidémie. Au total, le nombre de chômeurs va atteindre 40 000, vers la fin 2009. Voici un exemple du danger de miser sur un mode d’élevage intensif, qui fragilise l’environnement et l’économie au non d’un capitalisme où seule la maximisation des profits compte. Il n’est pas surprenant de constater que 40 % de ces fermes sont entre les mains des multinationales. « L'aquaculture est une industrie très polluante car elle utilise beaucoup de produits chimiques et d'antibiotiques, » regrette Juan Carlos Cardenas, directeur du Centre pour le développement durable (Ecoceanos). De plus, une telle concentration de saumons produit des déchets organiques qui perturbent les écosystèmes et constitue une source de développement des maladies infectieuses (virus, bactéries). Alors qu’il faut soutenir les pratiques piscicoles écologiques sur des échelles de surface limitée, aux profits des populations locales, il faudra aussi abolir les productions piscicoles intensives qui ne peuvent se substituer à des politiques visant la remise en condition des espèces sauvages. Il faudra dans un premier temps un moratoire sur les nouveaux élevages de saumon. En Colombie-Britannique, la majorité des saumons d’élevage sont des saumons de l’Atlantique, qui ne sont pas une espèce commune de ces régions. Ces élevages sont la source de manières organiques qui diminuent la biodiversité autour des fermes, répandent des maladies aux autres saumons sauvages, sans compter qu’il faille entre 2,5 à 5 kg de poissons sauvages pour produire 1kg de saumon d’élevage. Mangeons moins de saumons d’élevage (je n’en mange pas), car ils contiennent aussi des BPC (diphényles polychlorés) produits chimiques issus des traitements industriels.

 
évolution croissante des prises de poissons passant de 20 à 100 tonnes en 50 ans

 « Homme libre toujours tu chériras la mer,» disait Baudelaire. Les mers et les océans sont une richesse infinie qu’il est encore temps d’aimer, d’étudier et de protéger par des mesures courageuses. L’industrie de la pêche connaît une crise provoquée par une gestion administrative  catastrophique des ressources marines, une course au profit dénuée de conscience, pour répondre aux demandes de la logique du marché, mais à laquelle il y a des réponses. De puissantes flottes de pêches chaque jour, à chaque heure, saccagent les fonds marins tuant des millions de vies marines. Les travailleurs des mers sur les bateaux-usines ont des conditions de travail difficiles et dangereuses, les communautés humaines qui dépendent des ressources, pour assurer leur subsistance, voient les ressources de poissons se tarir, alors que se développent des techniques de pêche meurtrières au large même de leurs côtes. Il n’est plus possible de fermer les yeux sur le sort des baleines tuées par l’industrie des pêches japonaises, il n’est plus possible d’ignorer le sort infâme réservé aux requins, découper vivants et rejetés à la mer, comme de vulgaires déchets. Les gouvernements doivent faire appliquer des législations permettant de diminuer les sources de pollution dans les terres et en mer. Il faut reconstituer les ressources halieutiques par le biais de moratoires, de zones de non-pêches commerciales, il est essentiel de faire participer les pêcheurs, les écologistes et les scientifiques ainsi que les communautés maritimes aux décisions en matière d’exploitation écologique des ressources marines. Je déteste l’appellation «durable» qui est souvent employée par les environnementalistes et qui selon moi ne veut rien dire. Durable pour qui et pour combien de temps? Est-ce donner un nom différent pour qualifier, en fin de compte, les mêmes pratiques ? Il faudrait parler plutôt d’économie écologique. « La mer ne peut plus rester une zone où l’on se sert sans compter», résume François Chartier, de Greenpeace France.

 Carcasse d'oiseau montrant les matières plastiques ingérées

 

Rappelons que la France à demander l’inscription du thon rouge à la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES). D’ici à 2012, les aires maritimes protégées devront représenter 10 % de l’espace maritime français (contre 0,59 % aujourd’hui) et seront de 20 % en 2020. Il reste encore beaucoup à faire, et il est donc nécessaire que la pression des écologistes et des partis Verts, les forces vives du changement, redoublent d’effort, au niveau des collectivités locales, mais aussi au niveau national et international. Les pays maritimes doivent former un Pacte maritime permettant à chacune de leur nation respective, d’allouer des fonds afin d’assurer une surveillance des eaux internationales et de veiller au respect des lois internationales et des traités concernant les méthodes acceptables de pêches. Chaque nation au sein de ce Pacte maritime aura le droit de faire pénaliser les flottes de pêches criminelles par leur pays respectif. Il est inconcevable que des organisations non-gouvernementales se chargent de faire la police dans des eaux et des sanctuaires internationaux, comme le fait la courageuse Sea Sheperd Society, quand elle traque les baleiniers japonais en Antarctique. Ce ne devrait, malheureusement, pas être le rôle des ONG de supplier au manque de responsabilité des états. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par David Ruffieux - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 8 juin 2009


Bon d'abord, je préfère 1000 Cohen-Bendit à 1/1000 de Sarkozy. Ce matin, en méditant sur le succès des Verts et le retrait de l'UMP (Ben oui, 56% d'abstention et 12% de votes UMP! C'est pas si fameux, pas de triomphalisme Mr. le Président, c'est très juste de votre part) je me disais que le sursaut des Verts dans les votes donne l'espoir de commencer "un autre dialogue" avec le pouvoir. Le Grenelle est une supercherie, d'accord on le sait. Cohen-Bendit est un vieux loup de la politique parlementaire, qui s'est maintenu habilement au Parlement européen, à cheval sur deux pays, la France et l'Allemagne, ce qui est pratique pour ce politicien professionnel, ambitieux et tenace à exister. Quant à son affinité écologiste, je ne connais pas assez l'homme; j'espère que ce n'est pas juste un tremplin vers les feux des médias (qu'il apprécie beaucoup), un wagon vide que beaucoup empruntent aujourd'hui pour faire avancer leur carrière. 

J'ai 36 ans et pour moi l'objectif principal pour l'avenir est de préserver ce qui reste des écosystèmes, de la biodiversité et de changer notre mode relationnel avec la Terre, sa flore, sa faune, son air, son eau. Nous sommes dépendants et en quelques décennies, l'humanité a très stupidement dégradée sa planète comme aucune espèce avant elle. En biologie, un organisme qui tire un avantage d'un système vivant en lui portant préjudice se définit comme un parasite. 

L'écologie politique, pour peu qu'elle ne perde pas sa radicalité, sa fraîcheur avec des gens comme José Bové en France et ailleurs, a une revendication sociale et économique valide qui doit partir de la notion de respect de la vie. De toute vie. L'humanité a maintes fois prouvé son incapacité, son inaptitude psychique à respecter la vie, à penser "vert." C'est aux jeunes de prendre le flambeau de la révolte et de faire le monde de demain. La postérité jugera le travail de Dany Le Rouge, passé au vert et de sa réelle contribution au changement.

Contrairement à certains, je ne me sens pas en danger pas la désobéissance civile de José Bové et al. Beaucoup de militants, pour des causes très diverses, l'emploient comme tactique, c'est tout à fait justifié étant donné l'inégalité des forces en présence. Après ce stade, c'est la violence contre les personnes! Autant donc s'en tenir à quelques infractions mineures, un vandalisme qui ne blesse personne. 

Par contre ce qui m'inquiète en vrai démocrate, c'est l'utilisation de la loi pour intimider les individus et éliminer l'esprit de révolte. L'affaire Tarnac est un exemple édifiant et je vous invite à bien écouter ce que Laurent Bonelli décrit dans son analyse des logiques de l'antiterrorisme. Ce n'est pas hors sujet, c'est directement lié à nos inquiétudes. 



Un Etat qui est prêt à faire de ses citoyen(nes)s des prisonniers politiques et idéologiquement enclin à briser des vies pour prévenir une menace terroriste, réelle ou supposée, est pire que tous les José Bové du monde réunis, qui par leurs désobéissances peuvent "calmer" des tensions pouvant mener à la politique du pire.

Ceux qui sont disposés à céder leurs droits pour plus de sécurité, ne méritent ni sécurité, ni liberté... 

Sur ce, bonjour chez nous, la Sarkozie.  
Par David Ruffieux - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 9 mai 2009



Le Parlement européen manque de cohérence, c'est le moins qu'on puisse dire. Un bon point pour les phoques et l'interdiction des produits dérivés du phoque, mais un très mauvais point pour les animaux de labos. La décision qui vient d'être prise est simplement scandaleuse.

La législation qui était en vigueur depuis 20 ans au moins était loin d'être parfaite. Mais là, on revient 40 ans en arrière. C'est effroyable comment le lobby pharmaceutique aura réussi à affaiblir cette législation visant à protéger les animaux de labos. Je rappelle ces points concernant la nouvelle proposition de loi qui vient d'être votée à 540 voix contre 66 et 34 abstentions :

Il n'y a plus d'agenda pour progressivement mettre fin aux expériences sur les primates, les chats et les chiens (10000 singes sont utilisés en Europe). Il n'y plus de projet sur la table pour interdire sans exception l'utilisation des animaux capturés à l'’état sauvage. La loi prévoit des conditions moins strictes et des contrôles moins rigoureux en ce qui concerne le type d’'expérimentation possible, pour limiter la bureaucratie. Il sera possible de ne pas justifier des expériences et il sera possible pour les chercheurs d'utiliser plusieurs fois le même animal.

Les cellules humaines et embryons surnuméraires ne sont pas considérés comme des alternatives par la nouvelle proposition de loi. C'est un non-sens scientifique puisqu'on sait que les tissus humains justement permettent d'améliorer la recherche. Entre une cellule de rat et celle d'un humain, il y a des différences et je préfère que les drogues et les produits chimiques soient testés sur du tissu humain. C'est un peu logique. C'est une abérration scientifique qui traduit un jugement moral de la part des députés pour épargner les sensibilités de ceux qui considèrent que le tissu humain est sacré ou a une dignité propre. J'ai moi-même travaillé sur des cellules humaines foetales. Bref les chercheurs auront un cadre de travail moins strict (il ne l'était pas tant que cela avant) par souci de compétitivité avec des pays qui ont des législations moins contraignantes (Asie, Amérique du nord).

Les députés n'ont pas tenu compte de l'opinion du public européen: En Angleterre, la France, l'Allemagne, la Suède, l'Italie et la République tchèque, 81% des gens s'opposent aux expérimentations sur les primates qui causent des souffrances. Maintenant pour ceux qui défendent les tests sur les animaux...Je voudrais dire que du point de vue éthique, le fait de contraindre sans limitations (ce qui est et sera le cas) des êtres sensibles dans des procédures qui nuisent gravement à leur santé, à leur bien-être pour le bénéfice d'un autre groupe est simplement immoral. Les philosophes des droits des animaux (Tom Regan en particulier) ont clos ce débat.

Pour les questions scientifiques et politiques, la société refusent de considérer les animaux comme porteur d'un droit au respect et à la vie et donc justifie l'utilisation quasi inconditionnelle des animaux en partant du principe que les animaux de labos sont des modèles fiables qui permettent de sauver des vies humaines. Il y a beaucoup à débattre là-dessus. Pour ma part, je ne pense pas que les 12 millions d'animaux tués sont nécessaires à l'avancement des sciences. Beaucoup de recherches ne mènent à rien.

Je laisse à ceux et celles qui le veulent le loisir d'aller visiter quelques sites d'information pour qu'ils aient les preuves scientifiques de l'invalidité de l'expérimentation animale:

http://www.cah-research.com/Primate_Research_Center_in_Laval_Critique_FINAL_fr.pdf

Le site d'Antidote Europe est formidable

http://www.curedisease.net/

http://david-ruffieux.over-blog.fr/article-29632386.html

 

Par David Ruffieux - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander

Présentation

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus