Lundi 11 janvier 1 11 /01 /Jan 17:19

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Blanchon de quelques semaines

Il y a un parallèle intéressant dans les attitudes réactionnaires de la classe politique, face à l’onde de choc culturel produite dans nos sociétés par les groupes militants pour la défense des animaux. Onde de choc, en effet, si l’on veut bien mesurer toute l’agitation, pour ne pas dire l’ébulition, qui préoccupe certains cénacles tant politiques qu’industriels au regard de la montée, jugée inquiétante, du mouvement de Libération animale.

 

La rapidité avec laquelle ce mouvement a su évoluer et prendre sa place dans le discours et l’action est déjà le signe d’un relatif recul des attitudes et des pratiques d’exploitation des animaux. Certains politiciens, au Canada, s’épuisent à vouloir défendre la traditionnelle chasse aux phoques qui certainement vit, et c’est heureux, ses derniers jours. Ailleurs, ce sont d’autres chasseurs, à courre ceux-là, qui désespèrent de voir la Cour européenne des droits de l’homme annuler l’abolition de la chasse à courre en Grande-Bretagne, en raison d’une présupposée atteinte aux droits de l’homme et à la liberté (des chasseurs). Ce qui leur fut refusé, bien entendu. Cette Cour européenne a du temps à ne surtout pas perdre avec les groupes de pression de la chasse dont les requêtes extravagantes auraient de quoi offenser les véritables victimes des véritables violations des droits de l’homme et de la femme à travers le monde, en ce début de 21ième siècle. 

 

La récente interdiction d’importation des produits dérivés du phoque dans toute la communauté européenne, en Juillet 2009, a créé un sursaut de nationalisme, avec pour conséquence, la plainte déposée par le gouvernement canadien devant l’Organisation mondiale du commerce, le 02 novembre de la même année, pour faire rejeter cette interdiction. Ceci au risque de compromettre des accords commerciaux avec l'Europe d’une valeur de plus de 25 milliards de dollars, pour défendre quoi au juste ? Une industrie mourante de 7 petits millions de dollars par an. 

 

Soudainement le phoque devient à la mode, l’heure est à la vendetta d’Etat; de la Gouverneur générale du Canada, Son Excellence La Très Honorable Michaëlle Jean en passant par Miss Labrador et Terre-Neuve, Sarah Green. L’une est invitée par les communautés autochtones pour déguster de la viande de phoque fraîchement tué, le mouchoir en action pour essuyer le sang dégoulinant de ses doigts et de ses lèvres, nous expliquant son geste en signe de solidarité avec les chasseurs Inuits.

Son Excellence La Très Honorable Michaëlle Jean avait faim.

Michaelle Jean

 

Sarah Green, elle, est le rejeton d’une famille de chasseurs, déambulant sur un char de Noël à St-Johns, arborant fièrement un manteau de fourrure. La belle de 19 ans, fière de ses origines et de sa culture, dit ne pas regretter de porter de la fourrure et de soutenir la chasse aux phoques. Sa réplique fait suite à une photo d’elle, copieusement défigurée par un groupe de collégiens anti-chasse et postée dans le réseau Facebook. La jeune ambassadrice veut ainsi porter le flambeau des traditions de ses ancêtres et provoque, au passage, la colère des opposants à la chasse. 

 

Ce genre de militantisme de l’autre bord du fossé culturel, peut réjouir l'indécrottable sénatrice Hervieux-Payette qui depuis longtemps part en croisade pour réhabiliter la chasse aux phoques. Madame la sénatrice, nommée à son poste à vie, et donc non élue par le peuple, se targue tout de même de défendre les intérêts de la nation. Elle devrait, à ce titre, connaître le coût de cette chasse annuelle pour les contribuables qui subventionnent cette chasse.

 

Soyons bref au sujet des intérêts des Canadiens et des Canadiennes défendus par la sénatoriale dame: la chasse au phoque rapporte 7 millions net aux chasseurs et en coûte 60 millions aux contribuables canadiens. Madame Hervieux-Payette a decidé de rentrer dans l’Histoire par le mauvais portillon en appelant tous les gouvernements à appuyer et mettre en application une Déclaration Universelle sur le Prélèvement Éthique du Phoque élaborée par un groupe d’experts et scientifiques canadiens et américains. Nous sommes tous d’avis que les opinions des experts de madame la sénatrice sont à considérer avec tous les égards qui leur sont dus. 

 

L’examen de cette Déclaration est édifiant, il s’agit d’un droit de tuer; c’est sans doute la première fois dans l’Histoire qu’un texte de cette nature est formulé pour justifier l’abattage de millions d’animaux. Les rédacteurs de ce projet valent la peine d’être nommés ici: M. Charles Caraguel, est un vétérinaire français; M. Pierre-Yves Daoust est enseignant en pathologie; M. Bruce G. Hatcher occupe la chaire de recherche sur les écosystèmes marins à l’Université du Cap Breton. Janice S. Henke est une scientifique américaine ; M. Peter Irniq a été ministre du Développement économique du gouvernement des Territoires du Nord Ouest et sous-ministre au sein du gouvernement du Nunavut. 

 

On lit en substance, que « l’utilisation des ressources marines par l’homme est entièrement justifiée pour des raisons de subsistance, de tradition et de commerce.» Ces ressources englobent toutes les formes de vie ; l’animal y est réduit au statut de ressource, d’objet, le phoque est un produit, la vie animale avec toute sa dimension sensible, intelligente et complexe reste une commodité au service de la tyrannie des hommes. La notion de ressource est l’élément clef de cette déclaration de guerre contre l’animal, toute espèce confondue. Le reste du texte étant juste verbiage, il est bon que celui-ci ne fasse que 15 pages, car c’est décidément 15 pages de trop et à oublier, puisqu’elles nous renvoient à l’Âge de pierre. En fait, les animaux sont bien autre chose que de simples ressources exploitables. Notons que la Suisse et le gouvernement du Québec soutiennent cette Déclaration.   

 

Autre pirouette de Madame Hervieux-Payette, le 16 décembre 2009, le Sénat du Canada adopte une motion visant à démontrer son engagement à « préserver l'équilibre des écosystèmes, à promouvoir le bien-être animal et la protection des communautés humaines. » La Sénatrice réitère sa position que les êtres humains ont le droit d'utiliser les animaux lorsque c'est fait de façon éthique et durable. Tuer éthiquement et durablement, quel beau programme pour les générations futures !  

 

Mais retournons en Europe, où certaines requêtes et pressions auprès des instances européennes, comme vu plus haut, sont également le signe que les chasseurs et les politiciens qui les soutiennent s’agitent et s’inquiètent. Les militants et les sympathisants du mouvement de Libération animale forment une communauté qui fait peur; en effet, des groupes végétariens manipulent l'opinion publique pour financer leur idéologie. Pourtant, on peut douter que le référendum d’initiative populaire qui risque très fortement d’abolir la corrida en Catalogne soit le résultat des groupes végétariens dans un pays où la consommation de viande par habitant est la seconde au monde après celle des Américains.

Chasse à courre le cerf épuisé se réfugie dans une mare
chasse à courre

 

On peut douter aussi que le vieillissement de la population des chasseurs dont l’âge moyen est de 50 ans, contre 45 ans il y a 15 ans, en France, soit aussi le fruit de l’idéologie végétarienne. Les chasseurs voient leurs effectifs baisser et à ce rythme de défection et de vieillissement, un rapide calcul nous promet leur disparition au 21 ième siècle! Il est vrai qu’en France, la nature sauvage n’existe plus vraiment; l’aménagement du paysage a dévasté les dernières vallées, les derniers cours d’eau, les plus belles forêts et les dernières zones humides. La nature est maîtrisée, administrée tant et si mal que les animaux terrorisés par les chasseurs s’échouent dans les parkings de supermarché, les cours d’école, les jardins des habitants ou finissent sur les routes et fauchés par les voitures. 

 

Dans un de ses billets, Armand Farrachi, auteur et membre d’honneur et responsable du Collectif pour l’abolition de la chasse à courre, rapporte qu’un cerf fut achevé dans la cour d'un hôpital psychiatrique, devant des patients et un personnel ébahi et choqué. Ceci n’est pas un événement rare. Les chasseurs en France représentent 2% à peine de la population mais exercent une forte influence au niveau politique et leurs votes sont importants dans les régions; les politiciens le savent bien. Au sein de l’Assemblée nationale, les chasseurs ont constitué un groupe parlementaire qui rassemble 220 députés sur un total de 577, soit près de 38 %. Ils s’organisent dans les régions, les départements et les villes, et gare à ceux qui s’opposent à eux. Ils ont des soutiens politiques et en dernier recours ils ont des fusils… Les chasseurs à courre représentent guère plus que 0,01% de la population et les sondages sont en faveur de l’abolition de cette pratique de chasse.  

AR CHASSE

 

      Militants anti-chasse en réunion

 

Au même titre que la corrida, où un taureau dans une arène est blessé et épuisé jusqu’à sa mise à mort par une estocade, la bête des bois est traquée par des cavaliers en belle apparat qui galopent, avec autour d’eux des chiens de meute hurlant et flairant la piste. Tous poursuivent un pauvre animal jusqu’à son épuisement avant de le mettre à mort à coups d’armes blanches, à coups de poignards ou de lances. En Europe, ces pratiques cruelles se perpétuent au nom d’une tradition aristocratique vieille de plusieurs siècles. On peut cependant se réjouir que de telles traditions provoquent des actions organisées par des militants du mouvement de Libération animale et initient des projets de loi, soutenus par quelques députés courageux, demandant l’abolition de la chasse à courre, comme c’est le cas en France en ce moment.  

 

Sans doute, il ne s’agit que d’une question de temps pour faire passer à la trappe à ordures, la chasse aux phoques des Canadiens, tout comme la chasse à courre et la corrida des Européens, et autres obscénités dont le genre humain se délecte pour assouvir un plaisir morbide. Ce serait un premier pas. L’humanité n’a rien à gagner à conserver des pratiques cruelles et à les transmettre à ses enfants au nom des traditions. 

 

La Libération des animaux est l’examen de conscience qui définira cette humanité. 


Pour plus d'info:


1) Seal hunt opponents deface photo of Miss N.L.:

http://www.cbc.ca/canada/newfoundland-labrador/story/2010/01/07/nl-teen-miss-photo-107.html

2) La Déclaration Universelle sur le Prélèvement Éthique du Phoque: www.phoque.org

3) Collectif pour l’Abolition de la Chasse à Courre (CACC): www.abolitionchasseacourre.org



 

 
Par David Ruffieux - Publié dans : Société - Communauté : Défense Des Animaux
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Le respect de l'homme par l'homme ne peut pas trouver son fondement dans certaines dignités particulières que l'humanité s'attribuerait en propre, car, alors, une fraction de l'humanité pourra toujours décider qu'elle incarne ces dignités de manière plus éminente que d'autres. Il faudrait plutôt poser au départ une sorte d'humilité principielle : l'homme, commençant par respecter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait à l'abri du risque de ne pas respecter toutes les formes de vie au sein de l'humanité même.

Claude Lévi-Strauss, Entretien avec Jean-Marie Benoist, « L'idéologie marxiste, communiste et totalitaire n'est qu'une ruse de l'histoire », Le Monde, 21-22 janvier 1979, p. 14.

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