livre-no-steakLe végétarisme ne peut être ignoré aujourd’hui. Pour qu’une chose soit connue, il faut qu’elle soit vue. Ce qui n’est pas représenté dans le système médiatique à sa juste valeur est ignoré voire honni sans jugement. Dans un monde où la communication de masse fait et défait les modes et les goûts, les publicitaires ont bien compris l’importance des images et des slogans. Maintenant de plus en plus de chroniqueurs, journalistes, auteurs, artistes revendiquent leur appartenance aux végétariens, parlent du végétarisme et le défendent ce qui augmente la visibilité du végétarisme dans notre société. Une chose est certaine, il est difficile de développer une pensée différente et d’agir dans une société où la pression de se conformer aux normes est écrasante. Les étalages des supermarchés sont couverts de pièces découpées d’animaux dits de « boucherie » et la plupart des gens trouvent cette abondance un signe de prospérité et de bien-être. Si la viande est partout, c’est qu’elle est nécessaire, pensons-nous. Et pourtant, derrière cette façade de produits carnés proprement disposés, derrière ces vitrines lumineuses, se cachent une industrie monstrueuse de la mort et du sang que peu peuvent ou veulent imaginer. On dit loin des yeux, loin du cœur. Cette maxime est appropriée pour décrire la distance savamment dessinée par l’agroalimentaire entre le consommateur et l’origine de son alimentation. Régulièrement, des scandales éclatent : la proportion des abattages rituels en France dénoncés par Marine  Le Pen, le manque de traçabilité des viandes avec au menu des écoliers du cheval de Roumanie au lieu du bœuf annoncé sur l’étiquette, la création de super fermes laitières de 500 à 1000 vaches, chose inconnue en France jusqu’à présent. Ceci n’est que le dessus de l’iceberg, car il est bien évident que nous ne savons pas tout, et qu’il est préférable pour l’industrie de garder un profil bas. L’industrie de la bidoche, pour reprendre le mot de Fabrice Nicolino, dans son excellent livre L’industrie de la viande menace le monde, est une entreprise opaque qui est peu supervisée par les pouvoirs publics ; on va de surprise en surprise en regardant derrière ses murs. 

 

bidoche.jpgIl est toujours étonnant pour un végétarien de constater l’ignorance réelle ou feinte du public pour ces questions particulièrement sensibles. Pourtant, on ne peut plus ne pas savoir, en ce début de siècle, que l’industrie des viandes est la plus grande forme de violence, de brutalité et d’inhumanité perpétrée contre des animaux sensibles. Ce n’est pas de la propagande de végétariens militants, les enquêtes, les observations et les témoignages sur les conditions de vie et de mort de ces animaux, pris dans cette logique industrielle infernale, sont d’une véracité confondante. On n’accuse même plus les végétariens de fabriquer des preuves, tant les faits sont d’une indéniable transparence pour qui veut bien voir. Jamais dans l’histoire de l’humanité, les hommes n’ont atteint ce degré de totale négligence envers des êtres les plus vulnérables et les plus innocents, pour entretenir une consommation de chair animale. L’industrie des viandes symbolise parfaitement la négation de la vie, de sa beauté, de sa fragilité pour satisfaire des plaisirs physiques immédiats, dont nous sommes devenus dépendants. Aucune chance de clamer un quelconque haut degré de civilisation avant d’avoir aboli les abattoirs et de stopper cette débauche meurtrière. Le discours intellectuel sur l’idéal de justice et de paix des salons parisiens fait pâle figure avec le sordide quotidien des chaînes d’abattoirs de notre douce France, des égorgements à vif, et des tricheries des industriels qui, de temps en temps, interpellent l’opinion. Douce, la France ne l’est pourtant pas ni pour les animaux, ni pour ceux qui œuvrent pour leur droit ; la tâche est difficile, tant ce pays reste continuellement en retrait par rapport aux questions du bien-être animal en Europe. Manger moins de viande n’est pas difficile, c’est une question de volonté et d’organisation. Il y a quelques efforts à faire pour avoir un impact positif sur notre santé, l’environnement et le droit des animaux. C’est un fait bien étudié par les spécialistes du marketing, que la persuasion des masses, pour y engendrer un changement de consommation, est un art difficile, mais pas impossible. Si nous avions dépensé les fortunes allouées aux budgets publicitaires pour vanter les mérites du végétarisme, on peut parier que le nombre de végétariens serait beaucoup plus important aujourd’hui. Mais cet argent fut utilisé pour promouvoir la viande et suivre le modèle d’économie américaine qui aura pulvérisé notre propre culture française, depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Coca cola, pizzas, bouffe industrielle, additifs alimentaires, pesticides, OGM, la culture fast food se substitue aux traditions centenaires de notre pays. Nous sommes collectivement intoxiqués non seulement par les produits de l’industrie agroalimentaire, mais par le discours marchand émanant des agences publicitaires au service de cette industrie. Des scientifiques, médecins, économistes, nutritionnistes, et autres experts travaillent pour cette industrie et perdent toute objectivité et crédibilité pour informer la santé publique. Il est intéressant de voir comme l’argent corromp ces spécialistes dès qu’ils passent dans le giron industriel, et occupent en plus, des fonctions dans des comités ou commissions d’état pour décider des orientations en matière de santé publique. Ils sont des lobbyistes au service de Danone, de Nestlé, de Charal, d’Euralis, d’Uniliver, de Yoplait et d’autres.

 

Comme le dit explicitement le site du ministère de l’Agriculture et son portail sur les entreprises agroalimentaires : « L’agriculture et les industries alimentaires sont un atout pour la France et font d’elle l’un des grands pays producteurs et exportateurs agroalimentaires de la planète. » Tout est dit. Il faut voir l’ardeur avec laquelle nous voulons vendre nos poulets Halal au Maghreb. C’est bon pour l’économie et l’emploi, cela l’est moins pour la volaille égorgée à vif, qui n’aura pas droit à une petite prière du sacrificateur. Les chiffres sont éloquents : la France et le premier producteur agricole européen, avec 67 milliards d’euros, soit 18% de la production de l’Union européenne en 2008 ; il s’agit du premier secteur de l’économie avec 150 milliards de chiffres d’affaires, plus que le secteur de l’automobile. Il est donc bien évident que celui ou celle qui veut toucher aux plumes de celle poule aux œufs d’or, fera l’objet d’une levée de boucliers considérable de l’industrie, et de l’état à son service.

 

Le végétarisme est simple à mettre en pratique. C’est aussi l’occasion de reprendre goût à la cuisine, à la recherche des bons ingrédients et d’une qualité de vie retrouvé. En réduisant les produits laitiers, qui ont fait les fortunes des empires de Danone, Yoplait, Nestlé, en substituant à ces produits d’origine animale d’autres produits, lait et crème de soja ou d’amandes, on tend vers le végétalisme, qui exclut tout produit animal. En effet, les végétaliens ou vegans, ne consomment ni œufs, ni lait de mammifères, ni poissons, ni viande blanche, ni insectes. C’est le but du végétarien de poursuivre dans cette voie afin de causer moins de  souffrances sur une échelle planétaire. Ce sera le défi de ce siècle à n’en pas douter. De plus, le végétarisme devient tendance.  À Paris, on  trouve des boutiques qui vendent des produits 100% vegan tel la boutique Un Monde Vegan qui fête ses 4 ans cette année 2013. La liste de leurs produits y est impressionnante. Néanmoins, il est possible de constituer ses produits soi-même en y mettant le temps et les ingrédients nécessaires. On peut ajouter à cette enseigne, d’autres magasins qui vendent des produits biologiques et vegans, Bio C’Bon, BioCoop, Bio Génération, Holy Planet, La Vie Claire, Les Nouveaux Robinson, Namo Bio, Naturalia. Il y en a d’autres et ce n’est que le début. On va trouver aussi dans la capitale des restaurants végétariens ou/et végétaliens. La liste est gracieusement offerte par le site VG-ZONE.NET, « le site de la survie végétalienne à Paris » qui est très complet et offre une mine d’information. Les nouvelles recrues du végétarisme ont adopté un nouveau style de vie pour être en accord avec leurs convictions. On peut progressivement arrêter de manger de la viande après avoir vu un documentaire sur les conditions de vie et de mort des animaux de boucherie. La vision d’horreur des abattoirs et des fermes industrielles qui produisent aujourd’hui plus de 90% de toute la viande industrielle aura été comme un choc pour beaucoup d’entre-nous, et heureusement d’ailleurs. Cela prouverait le fond d’humanité véritable qu’il reste en nous et nous devons nous en réjouir.

 

2013-aimer-le-cheval-lasagnesOutre la stupeur causée par les images de ce bétail réduit à l’état de marchandise, les actualités nous rappellent à quel point nous avons perdu le contrôle de ce que nous avons dans nos assiettes. L’état n’exerce plus les contrôles que la société attend de nos gestionnaires, car ces derniers laissent l’industrie et l’économie se réguler elle-même. C’est la société qui est au service de cette économie-là quand ce devrait être l’inverse pour le bien commun. Ceux qui profitent de ce système sont une minorité qui a beaucoup à perdre. La découverte, au mois de février 2013, de viande de cheval provenant de Roumanie dans des produits au boeuf apporte des arguments nouveaux à ceux qui veulent bannir la viande de leur régime alimentaire. Suite à cette affaire d’état, suite à l’affaire du halal – où les Français apprenait que la moitié des abattoirs cités dans une étude, en France, pratiquaient les rituels d’abattage religieux et que cette viande se retrouvait dans le circuit traditionnel sans étiquetage préalable sur la traçabilité de l’origine des viandes, et que l’état tenait dans le secret cette information depuis 2005 – l’Association végétarienne de France (AVF) affirme, dans un article du Monde, dans sa rubrique Planète, le 05 mars 2013, que son Guide du végétarien débutant a été téléchargé plusieurs milliers de fois depuis cette calamiteuse affaire. Pourtant, outre la fraude à l’étiquetage, ce n’est pas tant le problème de trouver de la viande de cheval dans des préparations de bœuf, mais bien de consommer ces animaux, cheval, bœuf ou autres. 

 

À signaler aussi la sortie du livre No Steak chez Fayard, du journaliste végétarien Aymeric Caron, qui pour notre bonheur à tous, a cette chance inestimable d’être bien réseauté dans le monde de l’édition, ce qui lui permet de sortir cet ouvrage juste avant l’affaire de la viande de cheval. La coupe commence à être pleine pour l’industrie de la bidoche. Pourtant, beaucoup de gens vont continuer à ignorer les bêtes et tourner en dérision ceux et celles parmi les végétariens et les végétaliens qui défendent l’idée que manger de la viande, c’est beaucoup plus une habitude qu’une nécessité. Pourquoi ?

 

Outre la simple stupidité de certains commentaires pour fustiger le végétarisme, et avec lesquels il ne faut pas perdre son temps, les opposants sérieux au végétarisme sont nés dans un système de valeurs et de croyances qui font leur identité depuis l’enfance ; remettre en cause un mode de consommation qui repose sur ces valeurs, c’est remettre en cause leur identité même. Au fond, nous sommes convaincus de faire ce qui est bien, de bien penser et de nous conformer au mieux aux us et coutumes de la société dans laquelle nous évoluons. Le fait du végétarisme peut créer un choc culturel chez celui qui ne l’est pas, qui cherche une résolution par la négation et le déni des arguments offerts pour le persuader du bien-fondé de ce végétarisme. Certains parleront de régime extrémiste, que l’omnivorisme définit au mieux notre espèce, que l’espèce humaine est au sommet de la chaîne alimentaire, qu’il faut le mal pour équiliber le bien et autres balivernes de ce genre. Nous répondrons à cela que nous avons le choix de nos actions, que nous ne pouvons feindre nos responsabilités, que nous savons. Évoque t-on un instant, avec sérieux, l’extrêmisme qui consiste à éléver et tuer ensuite plus d’un milliard d’animaux en France pour ensuite les égorger sans pitié dans cette machinerie industrielle, tant vantée par nos élites ?

 

Quand le bien arrive à se faire passer pour le mal et le mal pour le bien, c’est que notre compréhension du monde devient vraiment altérée.  Une chose est certaine, nous faisons fausse route si la collectivité persiste à faire la promotion de la viande, des œufs et des produits laitiers. En France, faire la promotion du végétarisme peut rendre les gens autour de vous un peu crispé et sur la défensive. Cependant, renoncer à la viande, un peu, beaucoup, passionnément, c’est moins perdre son identité que de se faire du bien et faire le bien autour de soi. Que faire de mieux en somme ? 

       

 

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