Mardi 1 septembre 2 01 /09 /Sep 20:12



Je veux reproduire un très bon commentaire de Verdure Verte en réponse à un article paru dans le Devoir du 13 juillet 2009. L'Entrevue - Sans viande, pas d'humanité, de Fabien Deglise. Cette analyse de Verdure Verte reprend tous les pseudos arguments évoqués dans un texte assez calmonieux à l'égard des végétariens. La tactique n'est pas nouvelle. Je prie Verdure Verte de bien vouloir me permettre de reproduire son texte car il en vaut la lecture.

La préhistorienne française Marylène Patou-Mathis veut nous rappeler notre nature carnivore sans laquelle l'humanité n'aurait pas pu naître. Avec Mangeurs de viande. De la préhistoire à nos jours (Perrin), cette spécialiste du Néanderthal, nous dit que «La consommation de viande a été le catalyseur de la séparation entre les grands singes, principalement végétariens frugivores, et les Australopithèques, les premiers hominidés.»  Soit. Sommes-nous donc voués au carnivorisme ou même à un omnivorisme obligatoire par le fait de nos origines?  

Mais comme le suggérait le philosophe (Thomas Hobbes ou David Hume?), le passé ne peut imposer ce qui est et moins encore, ce qui devrait être. En effet, la question importante n'étant pas de de se demander pourquoi les choses sont ainsi, mais pourquoi elles ne pourraient pas être autrement...Les végétariens éthiques veulent améliorer le sort des animaux et refusent l'idéologie selon laquelle les animaux sont nos esclaves et pire encore. Ce crime d'inhumanité que serait le végétarisme nous est vivement reproché. Pourquoi tant de suspicion et de ressentiment à l'égard des végétariens...L'amour de la viande, le déni de conscience, l'absence de jugement? Je vous le demande.    

Voici donc le texte de Verdure Verte.  

Cet article part d'un mauvais a priori à l'encontre des militants en faveur du respect des animaux. Dès la première page ils sont traités (insultés) d' « ayatollah du tout végétal ». On les qualifie de « groupes plus ou moins [mais quand même...] radicaux », qui veulent soit-disant donner plus de droits aux animaux qu'aux hommes. On dit d'eux qu'ils font des sacralisation « à outrance », qu'ils ne « gardent pas raison », les accuse de misanthropie, de révisionnisme évolutif, d'individualisme forcené, de démesure (sans explication) et même de manque de virilité !

Toutes ces accusations, non fondées, qui passent pour des insultes à l'encontre des militants, font sérieusement douter du professionnalisme en tout cas de la neutralité d'au moins un des auteurs. 

Non les amis des animaux ne leur accordent pas plus d'importance qu'aux êtres humains. Non ils ne « gaspillent » pas leur énergie militante uniquement pour les animaux non humains puisqu'ils sont nombreux à militer ailleurs, que ce soit dans des associations humanistes ou dans des partis politiques (peu -pas du tout- connus pour leur engagement en faveur des animaux...). D'autre part cette accusation de gaspillage vient souvent de personnes qui elles ne sont engagées dans tout simplement rien du tout ! 

La démarche antispéciste est une démarche rationnelle elle ne peut pas être accusée de sacralisation. On peut le croire (par ignorance) lorsqu'on ne s'est pas intéressé au problème et que l'on s'est toujours contenté d'éluder la question de de savoir s'il est moral de tuer des êtres sensibles pour le plaisir de les manger. 

Apparement un grand danger serait « l'amnésie » car Mme Patou-Mathis tient à nous rappeler qu'il « ne faut pas chercher à oublier ». J'ai du mal à voir d'où provient le danger (si ce n'est chez les créationnistes ou autre intégrisme religieux ?). Les antispécistes se basent sur des arguments scientifiques et ne sauraient donc remettre en cause aucune des affirmations communément acceptée dans tous les domaines scientifiques y compris la paléontologie. Leur but n'est pas de nier le passé mais de faire des choix pour le présent. D'autre part, le monde entier, que ce soient le climat, les espèces ou la société humaine, est en évolution permanente et il s'agit de ne pas s'attacher à une pratique traditionnelle, qui a peut être eu des avantages dans le passé, si celle-ci ne sert plus (les arguments qui sont donnés concernant l'utilité des manger les animaux ne correspondent plus pour le stade actuel de l'évolution de l'humanité), si elle immorale, ou si elle est même dangereuse (pour des raisons écologiques et de sécurité alimentaire). Ça n'a rien avoir avec de l'amnésie ou du révisionnisme. 

L'affirmation comme quoi l'herbivore « conjugue son existence au temps de l'individualisme » semble totalement fallacieuse. Que dire des troupeaux d'herbivores (et je ne vais pas vous faire l'insulte de citer ne serait qu'une espèce...) ? Que dire de la nécessaire collaboration de toute la communauté concernant les travaux agricoles d'envergure (je parle des communautés traditionnelles et des travaux des champs) ? Il faudrait peut-être revoir la définition d' « individualisme »... 

Sans viande « pas d'humanité », que dire des avancées de la médecine lors des conflits mondiaux... Et dire qu'il suffit de garder ses acquis, mêmes les mal acquis, sans se croire « redevable » de reproduire les mêmes erreurs ou actes immoraux. D'autre part, il serait regrettable (stupide) de prendre nos ancêtres comme modèle étant donnés que leurs modèles de vie sont totalement incompatibles avec le monde moderne (cet aspect est quelque peu nuancé plus loin dans l'article), sans parler de ceux qui n'avaient même pas les mêmes capacités cognitives que les nôtres. 

On arrive sur une thèse extravagante prétendant que « notre ère moderne semble un peu mal à l'aise » avec la consommation de viande, Mm Patou-Mathis parle de « crise existentielle », ailleurs on parle encore de « mal-être » de refus de l'animalité, de malaise collectif. En tant que végétarien j'ai bien plutôt franchement l'impression que la balance penche plutôt de l'autre côté... Il faudrait vraiment avoir l'esprit en alerte pour détecter un quelconque malaise commun par rapport aux pratiques carnassières de notre société « moderne ». En vrai, les gens ne se posent pas la question. Si malaise il y a, c'est lorsqu'ils se rendent compte que c'est immoral. Mais cette prise de conscience est très loin d'être générale. 

Il y a aussi une phrase intéressante sur « notre part de virilité », dont le ridicule me permet de ne pas approfondir.

On parle aussi de nature à laquelle il ne faudrait pas nuire, sans plus d'explication, cela fait parti des affirmations données sans rien pour préciser leur sens ou les étayer de façon rationnelle. Puis, d'embrayer sur un fantasmatique danger de « faire de la nature un monde culturel » (le sens en est laissé à la discrétion du lecteur). 

L'auteur nous exhorte à « accepter les différences » des animaux une bonne fois pour toutes. L'auteur est incapable de voir justement les infiniment plus nombreux points communs que nous avons avec les animaux, que nous tentons en permanence de nier pour ne pas se sentir responsable de leur mort, que l'élevage industriel est la manifestation la plus claire de ce déni de parenté dans le sens où l'on y atteint le degré le plus extrême de chosification de l'être sensible, que le problème n'est pas d'accepter que nous sommes différents mais d'accepter que nous partageons énormément.

Et il ne s'agit pas là d'anthropomorphisme. Nous sommes tous conscients que la plupart des animaux sont incapables de concevoir et penser comme des êtres humains. Ce n'est pas la faculté de penser qui conditionne la morale, mais la sensibilité à la souffrance. Cette dernière ne peut être niée pour tous les animaux. Ce n'est pas les sacraliser que de prendre en compte leur sensibilité dans nos choix, ni les mettre au dessus des humains. 

Enfin, les expressions telles que « gestes pathologiques » ou « démesure » concernant implicitement les régimes végétariens sont totalement battues en brèche par les études médicales qui montrent que les régimes végétariens bien menés sont meilleurs pour la santé que les régimes omnivores. Loin d'être des gestes démesurés, ils sont non seulement profitables pour notre santé, mais en plus pour notre environnement (il y a de nombreuses statistiques à ce sujet, ne serait-ce que celles produites par l'entremise de la FAO), et ne reposent pas sur l'exploitation et la souffrance d'êtres sensibles.

Texte original:
http://www.ledevoir.com/2009/07/13/258846.html 

Par David Ruffieux - Publié dans : Société - Communauté : Défense Des Animaux
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Le respect de l'homme par l'homme ne peut pas trouver son fondement dans certaines dignités particulières que l'humanité s'attribuerait en propre, car, alors, une fraction de l'humanité pourra toujours décider qu'elle incarne ces dignités de manière plus éminente que d'autres. Il faudrait plutôt poser au départ une sorte d'humilité principielle : l'homme, commençant par respecter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait à l'abri du risque de ne pas respecter toutes les formes de vie au sein de l'humanité même.

Claude Lévi-Strauss, Entretien avec Jean-Marie Benoist, « L'idéologie marxiste, communiste et totalitaire n'est qu'une ruse de l'histoire », Le Monde, 21-22 janvier 1979, p. 14.

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