Winston Churchill aurait dit que les chiens vous regardent avec admiration, que les chats vous traitent avec dédain et que les cochons sont nos égaux. Intéressante remarque qui semble indiquer une ressemblance avec l’être humain. Si l’on y regarde de près, on voit chez le cochon des similarités morphologiques évidentes, mais ce que le grand politicien du XX ième siècle aura su percevoir chez l’animal, c’est plutôt une nature et un comportement d’une complexité inconnue que les éthologistes cognitivistes commencent à peine de découvrir.

Dernièrement, des professeurs de l’Université d’Etat de Pennsylvanie ont évalué la créativité et l’anticipation des cochons, à qui l’on a appris des jeux avec des ordinateurs. Non seulement les cochons faisaient preuve d'une habilité surprenante, mais les chercheurs réalisèrent que ces performances dépassaient même celles des animaux les plus intelligents, comme les singes. Il est certain, d’après ces récents travaux, que l’intelligence du cochon dépasse celle du chien.

L’intelligence des cochons les pousse sans doute à être des animaux très méticuleux quant à la propreté de leurs quartiers; ils construisent un espace dans lequel ils déterminent une séparation marquée des “toilettes” et de l’endroit où ils mangent. Autre fait intéressant, c’est leur sens de la vie en communauté. Originellement, les cochons sont des animaux grégaires qui semblent apprécier la vie sociale; ils jouent inlassablement comme des chiots, adorent les bains de boues, et sont à la recherche des rares caresses que leurs prodiguent quelques rares humains. Autre chose, les cochons méritent bien leur nom, puisqu’ils sont d’une incorrigible gourmandise! C’est un animal qui peut facilement se domestiquer et devenir un animal de compagnie.

La plupart des gens ignorent non seulement l’extraordinaire nature de ces charmantes créatures rendues si dociles par des centaines d’années de sélection génétique, mais ils ignorent sans doute davantage les conditions de vie infâmes de ces animaux, dans les porcheries industrielles du monde entier. Rien qu’au Québec, environ 7 millions de cochons sont abattus ou transportés vers les abattoirs. Qui n’aura pas vu, au retour de vacances, ces porcheries autour des axes autoroutiers juste en circonférence de Montréal. Qui n’aura pas humé, depuis la grande ville, la puanteur émanant des fosses où sommeillent des tonnes de déjections porcines, en attente d’un épandage printanier. Chacun de tirer les conclusions qu’il ou elle voudra des aspects esthétiques, écologiques et des nuisances que génèrent ces camps d'élevage concentrationnaire pour le voisinage.

En Europe, les Hollandais, pragmatiques, ont développé des porcheries sur plusieurs étages, avec alimentation automatisée et contrôlée par des systèmes électroniques sophistiqués. Il n’y a rien de comparable avec les fermes de nos grands-pères, puisque l’animal est devenu une unité de production; tout est y science, génétique, antibiotiques à gogo et rendements pour assurer un coût de production le plus bas possible. Pour des cochons qui sont des êtres à la sensibilité exacerbée, puisqu’ils vous claqueraient entre les mains d'une crise cardiaque si vous leur parlez sur un ton qui ne leur convient pas, ces conditions de vie ne respectent en rien leurs besoins fondamentaux d’espace, d’air pur et d’enrichissement social. L’Europe a mis en place l’une des législations sur le bien-être animal les plus contraignantes au monde pour les éleveurs, mais ceux-ci, pour survivre aux fluctuations des cours de la viande et pour répondre à une clientèle qui exigent de la viande bon marché, ne les respectent pas toujours.

Les cochons tout roses et joufflus de nos livres d’enfants, qui s’ébattent sur une ferme idyllique, où la basse-cour est le théâtre imaginaire des péripéties les plus innocentes et les plus joyeuses, ne ressemblent en rien aux antichambres de la mort inventées par l'élevage industriel. Quelle tristesse de voir ces cochons partir dans ces camions lugubres vers leur triste destinée. L’autre jour, sur l’autoroute, je me suis autorisé à tourner le regard vers l’un d’entre eux. Nous nous regardions, roulant chacun de notre côté à 100 km/h. Qui de nous deux était le plus hagard? Etrange rencontre d’un matin brumeux et froid qui me fit penser que l’homme est plus animal que la bête. Nous nous fixions et son regard m’a définitivement convaincu qu’une conscience animale existe.

CIWF (Compassion In World Farming), une organisation de défense des animaux, dans ses enquêtes sur les fermes rapporte que l’utilisation des systèmes de confinements, qui empêchent les animaux de se mouvoir librement, est commune. Le bien-être des cochons est une question secondaire au rendement des productions porcines. Les animaux se retouvent souvent sans soin et ils n’ont rien à faire. La même monotonie d’une vie captive et artificielle se prolonge alors que la législation européenne s’applique à grand peine pour leur donner un peu de bien-être. Tout cela pour quelques malheureuses tranches de lard... De plus, la crise économique que nous risquons de connaître cette année 2009, ne figure rien de bon pour les animaux.

En Grande-Bretagne, le 29 janvier 2009, le fameux chef cuisinier Jamie Oliver faisait découvrir au public un programme spécial sur la chaîne 4 dans le but de sensibiliser les Britanniques sur le bien-être des cochons. Un autre chef Hugh Fearnley-Whittingstall avait présenté auparavant un programme similaire au bénéfice des poulets cette fois, et sa campagne avait entraîné une augmentation des ventes de poulets élevés avec des pratiques plus humaines. Au canada, on se rappellera du film ‘Bacon’ d’hugo Latulippe qui remporta le Prix Gémeaux, le 29 septembre 2002 à Montréal. Comme en Grande-Bretagne concernant la volaille, il se peut que le film ait eu un effet sur la consommation de porc au Québec, au regard de la crise que traverse actuellement l’industrie porcine.

Malgré la popularité de la vague des produits organiques et biologiques, il est illusoire de croire que cette niche de consommation “pour riches” se généralisera pour une raison bien simple. La majorité des consommateurs rechercheront toujours les produits les moins chers possibles, et cela est d’autant plus remarquable en temps de crise. Il est irréaliste de penser qu’on nourrira les populations avec de la viande produite de manière écologique et humaine, dont les coûts de production seront plus élevés. Dans un monde fou qui ne pense qu’à l’argent, la seule chance d’améliorer le sort des animaux de ferme de manière significative est de simplement changer notre alimentation, de boycotter la viande, et de développer un mode de consommation végétarien afin d’affaiblir davantage l’élevage industriel.

L’augmentation annoncée de la consommation mondiale de viande n’est pas un phénomène qui ne peut être enrayé. Chaque individu peut adapter sa stratégie “militante” pour consommer sans faire souffrir. Est-il encore permis de penser, dans l’ère de la communication, que le public ignore les conditions de vie dégradantes des animaux de fermes? D’après mon expérience, je pense qu’il y a une affligeante hypocrisie chez les consommateurs qui ne veulent pas mesurer les conséquences de leurs actes, essentiellement par paresse. D’autres part, beaucoup hésitent à adopter un style de vie différent des autres, par peur du jugement social. Faut-il consommer sans réfléchir et se conformer à un système de consommation violent et débauché? Faut-il sombrer dans les abysses profonds où les messages publicitaires veulent nous entrainer. Résistons! La tâche qui vise à l’abolition des pratiques d’élevage industriel et qui consiste à lutter contre l’idéologie spéciste qui les soutient est le mouvement de libération animale. C’est avant tout un mouvement pour la justice et pour la reconnaissance des intérêts des animaux à vivre libre et à l’abri des mauvais traitements.

Liens:
"http://www.ciwf.org.uk/what_we_do/pigs/state_of_eu_pigs/default.aspx" "http://www.guardian.co.uk/uk/2009/jan/12/ethicalfood-animalwelfare" 
http://www3.onf.ca/collection/films/fiche/?id=50599"
"http://www.guardian.co.uk/uk/2009/jan/06/animal-welfare-food-bacon" 

La volonté ders animaux par David Chauvet, dans Les Cahiers antispécistes, numéro 30-31 décenbre 2008 page 61-82

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