A la lecture de Sénèque, Hippocrate, Phytagore et de tant d'autres philosophes, il est édifiant de constater que les philosophes à travers des temps aussi loin que l’Antiquité, avaient une intime conviction que la pratique consistant à se nourrir de produits dérivés des animaux, les viandes en particulier, ne pouvait être la meilleure nutrition pour les sociétés.  

A la lumière de leurs écrits et de leurs pensées, on est frappé par l’actualité de leurs visions, de leurs prémonitions, car nos sociétés modernes, comme ces philosophes le prévoyaient, il y a plus de 2500 ans en arrière, sont dans un déclin sanitaire, économique, écologique, intellectuel, qui trouve son origine dans une consommation non viable, débile, en particulier de produits dérivés des animaux. Et ceci dans une envergure sans précédent dans l’Histoire de l’humanité. Quelque 150 ans en arrière, deux tiers de la population mondiale était quasiment végétarienne, aujourd’hui dans certains pays d’affluence, la consommation de produits issus de source animale a doublé voire triplé depuis les années 1950. Et non pas par besoin. Nous voulons vivre comme les princes et les rois de naguère, et nous mourrons exactement comme eux, c'est-à-dire d’un ensemble de maladies liées à une mauvaise nutrition, riche en graisses et en protéines animales, riches en sucres et en sels, pauvres en aliments complets à base de plantes.

Platon, comme il est dit, rapporte les dialogues de son mentor Socrate, et de Glaucon, au sujet de la cité, sur les origines de la société, et la grande question du moment est de savoir, ce qu’est la justice (voir le fameux dialogue, République) ce qui permet à Socrate de s’expliquer dans un passage immortalisé par la postérité. Socrate, en résumé, dit que la cité doit être simple et que ses citoyens doivent prospérer avec une nutrition à base de blé, d’orge, d’olives, et de fromage, d’oignons cuits, de figues, bref, on comprend que Socrate évoque clairement un régime végétarien.

Cependant Glaucon, son interlocuteur, lui répond qu’un tel régime alimentaire est fait pour une communauté de cochons, et que les citoyens doivent vivre de manière « civilisée », ce qui prête à sourire en coin, sachant l’inhumanité et la cruauté inhérentes qui se cachent derrière les productions animales modernes de l’industrie des viandes. Les citoyens dits civilisés doivent vivre dans le luxe et l’abondance, et comprenons qu’il s’agit là d'une abondance de viandes d'après Glaucon.

A cela, Socrate rétorque avec bon sens et observation, qu’une telle cité doit contempler la possibilité de souffrir d’inflammation… Et le besoin d’avoir une grande quantité de bétail dans le but de le manger. Le propos est prémonitoire puisque que nous savons la quantité astronomique de viande de bœuf qui est produite pour alimenter la consommation mondiale, globalisée, avec ses conséquences catastrophiques pour l’écologie mais aussi, on le sait, la climatologie mondiale. La production de bœuf et de lait est la seconde cause d’émissions de gaz à effets de serre, plus que tout le transport international de véhicules… On sait aussi la déforestation immense que cause la mise à disposition des pâturages pour nourrir le bétail dans les zones tropicales. La production de bœuf est un crime contre la nature, et devient un crime contre l’humanité, au grand regret peut-être des amateurs de steak.

Socrate ne manque pas de remarquer, ou de demander à Glaucon, s’il ne faudrait pas avoir besoin de plus de médecins et à un degré bien plus important qu’il ne l’était en son temps.  Cette dernière remarque n’est-elle pas grandiose, aux vues de la connaissance actuelle ? En effet, les médecins, ou soyons juste, la médecine moderne est devenue à la fois incontournable, technologique, influente politiquement, structurée comme une industrie multinationale, avec ses collèges et ses grands prêtres, et beaucoup de médecins eux-mêmes tirent trop souvent leur immense ego, leur présupposé pouvoir intellectuel et assurément leur masse financière, du désespoir et de l’ignorance de leurs patients.

Il semble que nous, les civilisés de cette époque moderne, n'ayons rien ou peu retenu de la leçon des humbles philosophes de l'Antiquité.

 



 

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